A la Une

Petite épistémologie de la créativité - première partie

(Sous-titre provisoire: De la contrainte nécessaire.) Une des choses qui font de l’Homme un être vraiment étonnant est sa capacité à in...

mercredi 23 janvier 2013

Pepe Mujica

Article du 23 janvier 2013

Voici un article sur Pepe Mujica, le président de la simplicité qui défraye, malgré lui, les chroniques du monde occidental.



Jose "Pepe" Mujica, président de la République Orientale de l’Uruguay.

Avez-vous entendu parler de ce président? Affublé de l’épithète « normal », la presse tend à ériger ce président en exemple de ce que François Hollande prétendait incarner : la normalité présidentielle.  On est surpris, par chez nous, de constater que la normalité présidentielle peut être davantage qu’un effet de style démagogique.
Alors qu’entendons-nous sur Pepe.
Depuis que le Courrier international lui a consacré sa Une du mois de novembre 2012, les médias se jettent sur le sujet et reprennent en boucle les mêmes éléments : principalement le passé de Pepe, les mesures prises sous le gouvernement de gauche et enfin, son style « décomplexé » aimerions-nous dire.
Voici quelques liens pour découvrir le personnage et ce qui s’en dit :

Pepe Tupamaro.

Dans les années 60, José Mujica est un des dirigeants des tupamaros, aux côtés d’autres dissidents du parti socialiste, du parti Nacional, d’indépendants ou de syndicalistes. La direction du mouvement est collégiale, ce qui est déjà très rare pour ce genre de mouvements révolutionnaires. Les Tupamaros s’engagent en premier lieu dans la défense des petits paysans. Le nom Tupamaros vient de Tupac Amaru, chef indo-américain qui conduisit une des principales révoltes contre les Espagnols en 1780 dans l’actuel Pérou.
Pour faire court, les Tupamaros défendent l’action plus que les paroles («les paroles divisent et l’action unit ») et leur projet initial, quoique le définir théoriquement ne fût pas une priorité, tournait autour d’une critique de la révolution du prolétariat russe, « soutenant davantage une démocratie populaire pluripartite et une forme d’autogestion ouvrière » pour reprendre les termes de l’article wikipedia sur les Tupamaros[i].
A l’époque, dans les années 60, le paysage politique compte deux partis traditionnels : le parti Blanco (national) et le parti Colorado ; oscillant entre conservatisme et libéralisme. De notre point de vue on considérerait ces deux partis comme étant de droite mais le clivage droite/gauche que l’on entend ne correspond pas nécessairement aux échelles de valeurs idéologiques latino-américaines. Toujours est-il que le pays est pauvre et que les libertés sont bafouées. Inspiré par la révolution cubaine de 1959, les Tupamaros défendent le petit peuple.
 En 1973, les militaires prennent le pouvoir par un coup d’état. Les dirigeants Tupamaros sont en majorité arrêtés par les forces armées. On les considère comme les « otages de la dictature », soumis à l’isolement et aux tortures quotidiennes. La dictature prend fin en 1985.
A la fin des années 80, les Tupamaros se sont intégrés au paysage politique uruguayen.  Ils ont politisé leur action. Tous les mouvements de gauche rassemblés sous une même étiquette, le Frente Amplio (le front large) depuis 1971, accueillent en 1989 le Mouvement de Participation Populaire (le mouvement Tupamaros politisé).
Pepe a donc été membre de ce mouvement guérillero et emprisonné sous la dictature. Il passa 9 années en isolement total. Libéré en 85, il poursuit son engagement au sein du mouvement politisé.
Déterminés à faire changer les choses dans le petit pays qu’est l’Uruguay, les courants de gauche se sont unis, si bien qu’en un peu plus de 10 années, le Frente Amplio est arrivé au pouvoir. Pepe Mujica est le second président élu issu de ce parti.

L’exemple de Pepe

Pepe est le surnom régulier pour tous les José en « Hispanie », comme par exemple Pancha l’est pour Francesca et ainsi de suite pour beaucoup de prénoms.
Au-delà des mesures politiques mises en place sous le gouvernement du front large (droit à l’adoption pour les couples homo, avortement, légalisation des drogues douces) que les médias français soulignent, c’est la personnalité de Pepe qui suscite la curiosité.
Ce monsieur de 77 ans à la figure débonnaire, un bon papi ventru et joufflu, ne mâche pas ses mots. Il refuse d’emménager dans la demeure présidentielle, reverse 90% de son salaire aux œuvres caritatives, vit dans une petite ferme avec sa femme et fait pousser des fleurs. Son seul bien matériel consiste en une vieille et jolie coccinelle bleue. On lit dans les journaux de ce côté de l’Atlantique que Pepe Mujica est un président pauvre, et de citer ses propres dires : « le pauvre, c’est celui qui a besoin de beaucoup ». « Il faut travailler moins pour consommer moins », « Je ne suis pas pauvre, je suis libre »… On insiste sur son refus du port de la cravate et sur sa décomplexion protocolaire.
Ce qui m’étonne, c’est que l’on idéalise ce monsieur. Bien sur, son exemple réchauffe le cœur, on aimerait bien voir chez nous un homme capable de ce genre d’abnégation, d’engagement, de fidélité entre ses dires et sa pratique.  Il y en a plein mais ces hommes là ne sont pas président de la république.
Ca nous change aussi des dépenses somptuaires et scandaleuses que les hommes politiques d’içi et d'ailleurs ont pour habitude de faire une fois au pouvoir.
L’Uruguay est un petit pays de 3 millions d’habitants mais ce n’est pas cela qui explique l’accession de la normalité au pouvoir. C’est davantage le poids des institutions chez nous qui empêche ce genre de phénomènes.
Dans les pays qui sont à l’origine théorique des formes institutionnelles du pouvoir (séparation des pouvoirs législatif, executif et judiciaire, bicamérisme, citoyenneté, codification, constitutionnalisation, etc), les institutions en question se sont ampoulées, se sont systématisées, si bien que les institutions prennent le pas sur les hommes qui les incarnent. Une volonté personnelle pèse peu face au poids psychologique des coutumes. Ce n’est pas le cas ailleurs. Souvent, cette absence de mythification des institutions induit-elle des formes de corruption. Par exemple, en Amérique latine, la séparation des pouvoirs est souvent joliment marquée sur le papier mais nullement respectée dans la pratique. Aussi les hommes politiques sont-ils issus des milieux d’affaires et les lobbies consuméristes dirigent-ils en sous-main la politique du pays au nom d’intérêts pétroliers ou « estadounidenses » (etats-uniens). Mais là nous avons, et c’est effectivement rare pour nous, un exemple différent.
Quand la pratique l’emporte sur la théorie, sur la forme, sur le protocole.
Quand une philosophie humaniste de la simplicité l’emporte sur les milliards d’intérêts contradictoires.
Ca nous demanderait un gros effort de notre côté de l’océan pour dépasser les fausses excuses qui nous retiennent dans notre confortable modèle de société, mais ce n’est pas impossible. On voit d’ailleurs souvent les pays que l’on jugeait émergents nous donner des exemples en matière d’écologie et de développement durable. Ce n’est, à mon humble avis, que le début.

Libertad

Ce qui nous touche chez Pepe, c’est la forme de sagesse qu’il incarne. Sa philosophie pratique de la liberté. Nous concevons ce qu’il définit comme sa liberté comme étant le résultat d’une « renonciation ». Or ça n’en est pas une car on ne renonce pas à ce qu’on ne désire pas. Nous concevons ce qu'il définit comme sa liberté comme étant le résultat d’une forme d’austérité mais ça n’en est pas non plus, car il a tout ce dont il a besoin (sa compagne, un toit sur la tête, un chien, une occupation honorable (les fleurs), et un engagement pour l’esprit (la défense de ses idées). Tout le travail que nous ne voulons pas faire consiste à apprendre à ne plus désirer toutes les autres choses, ces choses matérielles qui nous rassurent parce qu'elles nous possèdent et nous limitent.
Le plus étonnant à nos yeux, je pense, c’est que cet homme est apparemment vacciné contre la « maladie du pouvoir ». Oui, car qui, motivé par les plus belles idées, une fois les clés du coffre-fort en main, - gagnant du loto, président- conserve son idée première ? Qui ne succombe pas à l’effet grisant que procure la détention d’un pouvoir ? Il faut apparemment avoir traversé les plus dures épreuves de la vie, médité longtemps, pour percevoir le sens de la vie autrement que comme un profit égoïste.




Il faudrait creuser davantage pour connaître la réalité économique du pays. J’ai noté cependant que l’éducation était une priorité (ce qui est une bonne chose car l’éducation est fondamentale).
Autre petite question : concernant la citoyenneté. La citoyenneté peut être perdue pour toute personne jugée inapte physiquement et mentalement. La citoyenneté étant composée du devoir de vote (obligatoire) et de son pendant en droit. Il faut creuser la question du traitement politique et social des « décitoyennisés », en gardant bien à l’esprit que « citoyenneté » chez nous ne recouvre pas forcément la même réalité que « citoyenneté » là-bas.


vendredi 18 janvier 2013

Draguer dans un bar en toute élégance...

Hey! En fouillant dans mes anciens textes, je suis tombé sur ce petit article que j'ai écrit il y a quelques années...


Draguer dans un bar en toute élégance:


Il est 19h, vous sortez du bureau et vous auriez bien envie de faire un petit détour improvisé avant de rentrer chez vous. Se détendre un instant dans un petit bar branché. Cela tombe bien, votre collègue Julie vous a justement parlé de ce petit endroit sympa... Pas besoin d'être toujours accompagnée pour profiter d'une bonne ambiance et d'un petit cocktail. C'est même l'occasion de faire quelques rencontres grâce à un jeu de séduction subtil.
Voici quelques astuces qui vous permettront de jouer de votre charme en toute élégance.

Même si les clichés ont bien souvent la vie dure, une femme seule dans un bar ne dégage pas forcément l'image d'une personne qui cherche quelqu'un pour combler une solitude habituelle devenue trop pesante. Non, au contraire, à partir du moment où l'on franchit avec assurance le seuil de l'établissement, que l'on va s'asseoir avec naturel au comptoir ou à une table proche de ce dernier, que l'on sort consciencieusement son agenda ou son magazine et que l'on se met à l'aise tout simplement, on ne dégage rien d'autre que l'image d'une femme active qui jouit de sa précieuse liberté.

Bien souvent le serveur ou le barman viendra échanger quelques mots comme le veut la profession, et c'est toujours une bonne chose que de sympathiser avec ce dernier. Le draguer est nettement moins recommandé...

Autre phénomène courant, l'approche d'un individu de sexe masculin qui sans aucune subtilité viendra vous déconcentrer dans la lourde tâche de la lecture de la carte des cocktails. Avec politesse et diplomatie il s'agira de lui faire comprendre que l'on n'a besoin de rien ni de personne.

Ces petites interactions sont souvent propices à créer, par un jeu de regards amusés, une complicité avec une table voisine lorsque son ou ses occupants observent avec quelle simplicité vous revendiquez votre petit moment de tranquillité. Elles font un excellent alibi pour jeter un coup d'œil sur l'ensemble du public - comme pour anticiper les attaques des potentiels enquiquineurs ou cibler les individus qui suscitent un intérêt .Un échange de regards suffit.

Ensuite, il existe deux stratégies de drague qui sont chacune fonction de votre personnalité.
Une manière frontale : se lever et aller voir l'intéressé comme un homme viendrait vous voir et lui dire sans détour que son charme vous a touchée. C'est une démarche qui a son élégance mais dont l'efficacité n'est pas garantie. Les hommes sont encore très souvent décontenancés par les femmes qui font montre d'une assurance décomplexée.

L'autre manière est, dirons-nous, plus féminine puisqu'elle fait appel à un soupçon de manipulation : il s'agit de créer autour de soi les conditions qui amèneront l'homme intéressant à s'approcher. Un cocktail de mystère, d'assurance, de naturel, ne pas prêter trop d'attention à ce qui se passe alentour comme le ferait une tête chercheuse, être simplement bien avec soi-même, repousser les malvenus et accepter le bienvenu lorsqu'il se présentera - s'il se présente...

Le meilleur moyen de draguer est de ne pas chercher à draguer. Avant même d'entrer dans le bar, l'idée de repartir seule doit être acceptée ! On peut en toute légitimité jouer de ses charmes auprès de la gent masculine, avec subtilité et élégance, mais cela ne doit jamais se faire au détriment du respect que l'on doit à sa propre personne. Rien n'est plus attirant qu'une femme libre qui s'assume, qui sait ce qu'elle veut ou qui en donne l'air...

Shantée bellefleur a son ".com"

Retrouvez tout les articles du blog sur le site www.shantee-bellefleur.com.

Un peu plus organisé, je vous propose de me suivre dans mes réflexions sur le site. Toutes aide et contribution sont bienvenues, ainsi que commentaires, avis et remarques personnelles pour faire avancer le schmilblick :)

Clic et c'est parti.

jeudi 17 janvier 2013

Hans et Sophie Scholl - morceaux choisis

Je lisais récemment les "Lettres et carnets" de Hans et Sophie Scholl, ces jeunes frère et soeur allemands exécutés le 22 février 1943 pour avoir élaboré et distribué 6 tracts du réseau de résistance "la Rose Blanche". Lui avait 25 ans et elle 22. J'en suis à la moitié du bouquin et dès les premières lignes, j'ai eu l'impression de retrouver Anne Franck. J'avais lu le journal d'Anne Franck au collège, comme beaucoup j'imagine, et j'avais été très marquée par cette lecture. J'ai gardé le livre à côté de moi plusieurs mois après l'avoir terminé, posé sur mon bureau ou par terre près du lit, jusqu'à ce qu'il soit digéré je pense. Je ne pouvais pas me séparer du bouquin parce que je ne voulais pas l'oublier. Son journal m'avait énormément apporté à l'époque. Anne était devenue ma copine et je pensais très souvent à elle. 
Loin d'être glauque ou douloureuse, c'est une lecture pleine de fraîcheur, de dynamisme et d'enthousiasme. Malgré l'adversité et l'horreur de l'époque.


Je propose içi quelques passages des Lettres et Carnets des jeunes Scholl. Je les ai choisi principalement pour leur rapport à la nature, omniprésente dans leur réflexion alors que le pays entre en guerre. 


Sophie à sa soeur Inge, le 8 juillet 1938:

« C’est drôle d’être si petite quand les arbres sont si grands. […]
Je ne dessine pas beaucoup ces temps-ci. Nous apprenons très bien à dessiner à l’école, même si notre professeur est moyenne et encore très jeune.[…] J’aimerai poursuivre comme notre professeur. Je dois cesser de me poser tant de questions. J’apprends, c’est l’essentiel. Le reste viendra tout seul, n’est-ce pas ?Je n’ai pas le sentiment d’une vocation ni rien de tel, mais qui veut devenir un artiste doit être avant toute chose un être humain. De fond en comble. Je vais essayer et travailler sur moi. C’est très dur. Je suis terriblement superficielle … »


Hans à ses parents, le 8 novembre 1938:

« Je suis à nouveau pris par la routine. […]Chaque jour apporte quelque chose de nouveau, […]quand on fait brièvement le point dans sa tête, on comprend qu’on a acquis encore une nouvelle expérience , absorbé une nouvelle image, rencontré de nouvelles créatures – oui, et par-dessus tout la nature, qui fait de nous des gens plus mûrs. »


Hans à ses parents, le 17 avril 1939:

« Si je disais à mes camarades tout ce à quoi je me suis inscrit, ils me traiteraient de fou […] mais ça en vaut vraiment la peine. Savoir, c’est pouvoir. » 

Journal de Hans, septembre 1939:

«Je me suis plongé dans des réflexions sur le rapport de l’homme à la nature, ou mieux : la nature est-elle vraie ? Je dois scruter au fond de moi et essayer d’explorer toutes les causes premières. Voici un an,  je disais à Lisa : à l’automne, la forêt fait étalage de coquetterie parce qu’elle sait qu’elle tendra bientôt ses branches nues et noires dans le ciel glacé de l’hiver. Ce n’est pas vrai : la nature ne connait pas la coquetterie. Ce sont les hommes qui la lui attribuent. Les hommes, qui regardent le monde de leur point de vue et en tirent des conclusions ».

Sophie à son ami Fritz, avril 1940:

« Si tu n’étais pas loin, je t’enverrais des scilles, des anémones, des tussilages, des fleurs de coucou et des violettes. Mais elles ne pourraient que faner. Cueille-t’en quelques unes. […] Je préférerais te raconter des histoires de printemps. Imagine-les toi-même. Sur les bois, les champs et nous deux. Et quoi que tu fasses, ne deviens pas un lieutenant arrogant et indifférent. Pardon ! Mais c’est si facile de devenir insensible, et je crois que ce serait fâcheux. »


Hans à sa sœur Elisabeth, le 29 avril 1940:

« Je ne sais pas ce qu’il adviendra de moi par la suite. Au fond, ça n’a pas grande importance, parce que je suis moi partout où je vais, et que les arbres sont partout en fleurs, et que l’après-midi on peut déjà s’étendre sur l’herbe à l’ombre d’un bouleau. L’environnement n’a pas tant d’importance. Ce qui compte, c’est ce que nous y apportons. »

Sophie à Fritz, le 16 mai 1940:

« Même ici la guerre se remarque parce qu’il ne se passe guère une minute sans que les oreilles soient assaillies par le vrombissement des avions. La pentecôte a été vraiment magnifique, cependant, et c’est vraiment merveilleux que rien ne puisse dévier le cours de la nature. Nous étions couchés dans l’herbe […], la prairie était tout empourprée par les compagnons rouges […], il y avait des centaines d’autres espèces de fleurs et d’herbe qui poussaient dans les près et les forêts. Un oiseau chantait dans l’arbre au-dessus de nous et un autre lui répondait depuis la forêt par la même délicieuse mélodie. […] Pense un peu à autre chose que ton travail. Trouves-tu parfois le temps de lire ? Je voudrais tant que tu survives à cette guerre sans en être la créature. Nous avons tous nos échelles de valeurs en nous, mais nous ne les consultons pas assez souvent. Peut-être parce que ce sont les échelles les plus rudes. »

Sophie à Fritz, le 22 mai 1940:

« Je n’arrive pas à imaginer que deux personnes puissent vivre ensemble lorsqu’elles ont un avis différent sur ces questions, ou du moins sur la manière de le traduire en actes. Il ne faut pas être ambivalent soi-même pour la simple raison que tout le reste l’est, […] sous prétexte que nous sommes nés dans un monde de contradictions, il nous faudrait nous y soumettre. Assez étrangement, cette attitude si peu chrétienne est particulièrement répandue chez ceux qui se disent chrétiens. En ce cas, comment pourrait-on attendre du destin qu’il fasse triompher une cause juste quand si rares sont les gens qui se sacrifient sans broncher à une cause juste ? Existe-t-il encore des gens qui ne se lassent jamais de concentrer totalement leurs pensées et leurs désirs sur un seul objectif ? Ce qui ne veut pas dire que je me rangerai au nombre des cœurs simples au vrai sens du mot. Il ne se passe guère une heure sans qu’une de mes pensées digresse, et très rares sont mes actions qui correspondent à ce que j’estime juste. Je suis souvent si effrayée par mes actions, qui me dominent comme de sombres montagnes, que je ne désire qu’une chose : cesser d’exister, ou devenir un grain de poussière ou un fragment d’écorce. Mais ce désir qui souvent me terrasse est mauvais parce qu’il ne vient que de la lassitude.
C’est mon fort la lassitude. Elle me fait me taire quand je devrais parler. […] Ne me crois pas bonne parce que je suis mauvaise. […] Je voulais te dire des choses gentilles et joyeuses et voici la lettre à laquelle tu as droit. […] Pardonne-moi si cette lettre te paraît embrouillée, mais je ne peux pas toujours me montrer telle que je ne suis pas. »

Sophie à Fritz, le 29 mai 1940:

«  Nous avons vraiment un temps magnifique en ce début d’été. Si j’en avais le temps, j’irai au bord de lIller pour nager, paresser et essayer de ne penser à rien d’autre qu’à la beauté autour de moi. Ce n’est pas facile de s’interdire de penser à la guerre. Même si je ne sais pas grand-chose de la politique et que je n’ai aucune ambition en la matière, j’ai ma petite idée du bien et du mal, parce que ça n’a rien à voir avec la politique et la nationalité. Et j’en pleurerais, de voir combien les gens sont mesquins, même à un haut niveau de responsabilité politique, et trahissent leurs semblables, peut-être pour un avantage personnel. Le courage ne pourrait-il pas passer par là ? […] Je suis parfois tentée de considérer l’humanité comme une maladie de peau de la terre. Mais seulement parfois, quand je suis très lasse, et que des hommes qui sont pires que des bêtes occupent tout mon esprit. Mais tout ce qui importe, au fond, c’est de savoir si nous allons nous en sortir, si nous parvenons à rester nous-mêmes au milieu de la masse, qui ne pense qu’à son profit. Pour qui la fin justifie les moyens. Elle est tellement écrasante, cette masse, et il faut être mauvais pour survivre. »

Sophie à Fritz, le 17 juin 1940:

« Il y a deux roses sur ma table de chevet. Des chapelets de minuscules perles se sont formés sur les tiges et le feuillage qui trempe dans l’eau. Quelle vue pure et belle, quelle froide indifférence il s’en dégage. Dire que ça existe. Que les arbres se contentent de pousser, et les blés et les fleurs, que l’hydrogène et l’oxygène se sont mêlés pour former ces merveilleuses et tièdes gouttelettes d’été. Il arrive que cela s’impose à moi avec une telle force que j’en suis totalement pénétrée et qu’il ne reste plus de place pour une seule pensée. Tout cela existe alors que les hommes se conduisent de manière si inhumaine au sein de la création, comme même les bêtes ne le font pas. »

Sophie à Fritz, le 19 juillet 1940:

« Cet après-midi, j’ai fais deux heures de promenade à bicyclette avec Inge. C’était magnifique, et j’en suis rentrée enrichie. C’est si bon de pouvoir prendre des choses, comme ça, sans priver personne. C’est bon que les forêts et les prairies et les nuages ne changent jamais, contrairement à nous les hommes.[…] Et même quand tu penses que tout a une fin, la lune reparaît dans le ciel la nuit suivante. Et les oiseaux continuent de chanter aussi suavement, empressés, sans s’inquiéter de savoir si ça rime à quelque chose. As-tu remarqué comment ils inclinent leurs petites têtes vers le ciel et chantent avec un abandon complet, et comme leur petite gorge se gonfle ? C’est bon que cela existe toujours. Et tu y as droit toi aussi. Cela suffit à réjouir le cœur, n’est-ce pas ? »

La suite quand j'aurai avancé dans le bouquin!



mercredi 16 janvier 2013

Monnaie! - A venir

A venir, réflexions sur un monde "sans argent", intermédiaire de l'échange, bonheur en grosses coupures, étalon de valeur fiduciaire qui a profondément contribué à pervertir la notion de valeur.
C'est un sujet compliqué parce qu'il faut faire la part des choses entre les idéologies, la pratique sociale et économique ("facilitation" du quotidien au sein d'un ménage: "economia")... Pour ça, un petit détour anthropologique est indispensable et la vidéo sur les Trobriandais que j'ai postée récemment a tout à voir avec ces réflexions.

En gros il s'agit de chercher des réponses à ces questions:

Qu'est-ce que l'argent (intermédiaire)
Quel est le problème aujourd'hui (idéologie?)
Pourquoi (héhé....)
Comment c'était avant ( pas pareil )
Et alors? Qu'est-ce qu'on peut y faire...

Vers l'article "posté récemment" :

Les trobriandais

Tous philosophes


Je réédite mon article du 12 nov.12 et je suis encore assez d'accord avec moi-même ;)


Une grande chorégraphie

Nous sommes devenus des paresseux. Mais comment ne pas le devenir quand nous vivons dans un monde qui nous pousse à l’être. Alors même qu'à l’école on nous enseigne maladroitement à nous ouvrir sur tant de connaissances afin de développer notre esprit critique, une fois devenus adultes nous n’avons guère le choix : il nous faut rentrer dans les cases que notre société a construites pour assurer sa pérennité. Devenir adulte c’est se résigner à trouver sa place dans la grande chorégraphie, bien la suivre pour recueillir les applaudissements de ses pairs. Ainsi, nous ne prêtons plus attention à la musique, nous ne questionnons pas l’ordre des pas de danse ; nous exécutons ce que l’on attend de nous.

Cela fait-il de nous des paresseux pour autant ? Parce qu’ils s’agitent drôlement ces quelques milliards d’êtres humains…  Eh bien oui, nous sommes paresseux, dans une certaine mesure.

Dans la mesure où nous ne nous posons plus de questions. Dans la mesure où nous ne cherchons plus les réponses par nous-mêmes. Toujours empêtrés dans nos contradictions, nous voulons comprendre mais nous n’avons pas le temps. Nous voulons savoir mais nous avons peur de savoir. Nous voulons nous différencier des autres, superficiellement, en étant plus semblables que nos pairs – en exécutant mieux la chorégraphie.

Nous sommes tous semblables et tous différents : tous semblables dans notre condition, tous différents dans ce que nous faisons de ce que nous sommes.

Nous contournons ces contradictions en cherchant des repères et des références autour de nous, dans le passé, dans ce que le temps a valorisé. Peut-être devrions-nous chercher en nous-mêmes ?

La divinisation des penseurs

Les hommes ont une propension incroyable à se jeter à bras ouverts dans la pensée de ceux qui font le travail pour nous. Ainsi Socrate, Jésus, Siddhârta, Aristote, Moïse, Confucius et tant d’autres sont-ils divinisés, « starisés ». Nous avons érigé les fruits de leur réflexion en Vérité, indétrônable, intransigeante, unique, intolérante et intolérable. N’est-il pas inquiétant de voir à quel point nous nous disputons leur parole, comme un petit bout de couverture, trop petit pour tous nous réchauffer, alors que nous pourrions fabriquer d’autres couvertures ?  Produire de la pensée nouvelle.
2000 ans après le Christ, nous avons inventé la physique quantique mais nous sommes encore trop frileux pour remettre en cause la divinité archaïque des fondements de notre pensée judéo-chrétienne.

Ces hommes, ces penseurs, nos semblables, ont ouvert leur esprit, partagé, communiqué ce qu’ils avaient en eux après s’être longuement interrogés sur notre condition. Jamais ils n’ont cherché à ce que leur personne prenne le pas sur leurs idées. Leur ambition n’est autre que la soumission de leurs idées à leurs semblables pour alimenter la pensée humaine. Leur génie ne fait pas de ces hommes des surhommes, encore moins des dieux. Comme cela arrive tous les jours, partout dans le monde et dans tous les domaines, ce sont des hommes qui font très bien ce qu’ils savent faire, des pionniers dans le domaine de l’éveil des consciences.

Nous sommes alors fascinés par leur compétence que les siècles ont amenée jusqu’à nous, confirmant ainsi la profonde valeur heuristique de leur réflexion. Nous ne leur disons pas simplement merci pour l’exemple qu’ils sont, pour l’hommage qu’ils rendent à leur humanité, mais nous les désenchantons en nous mettant à leur genoux, eux qui ne cherchaient qu’à nous élever, nous pervertissons leur pensée en ne cherchant pas à la comprendre, en en faisant un enjeu politique de pouvoir. Tout ce qu’ils nous exhortent à faire, c’est réfléchir, s’ouvrir et être à la hauteur de ce que nous sommes.

L'universalité du bon sens

Nous ne pouvons pas tous être Philosophes et refaire le monde chaque jour. Mais nous pouvons tous faire l’effort de remettre en question des idées, de réfléchir aux raisons qui nous animent, et nous sommes très nombreux à faire déjà ces efforts. C’est ainsi que l’on apprend à se connaître, que l’on découvre ce que l’on veut sincèrement et honnêtement faire de son existence, sans nuire à ses semblables, sans nuire à notre environnement.

Qu'est-ce que la philosophie : l’art de poser les bonnes questions. Certes, mais encore ?

L’effort de se poser les questions les plus simples qui sont aussi fondamentales et commencent souvent par Pourquoi…  La science répond à certaines de ces questions, mais pour le reste que l’on appelle métaphysique, qu’avons-nous ? La foi apparemment, la philosophie sûrement. La philosophie qui nous apprend à gérer l'absence de réponses. 
Se poser des questions, c’est une chose. Trouver des débuts de réflexion en est une autre. L’important dans ce travail, est de chercher à transcender les idiosyncrasies qui gouvernent notre pensée. Pour cela il faut s’intéresser à notre culture, notre système de valeurs, ses origines, son histoire, lire les romans de nos contemporains, de nos ancêtres, les comprendre puis s’en détacher.

Aborder ces questions avec désintérêt individualiste, avec ouverture et enthousiasme, apporte des débuts de réponses. Partout sur notre petite planète, ces réflexions prendront nécessairement des expressions différentes mais seront semblables dans le fond. On peut  découvrir dans les idées profondes qui animaient les plus grands philosophes, une fois gratté le vernis culturel des époques qui les ont vu naître, l’universalité du bon sens.

mardi 15 janvier 2013

Mariage frigide


En ce jour bien triste où une chappe de plomb s'abat sur nos belles intentions, je garde un oeil sur BFMTV et je prête une oreille aux intervenants. Il est très difficile de me retenir je balancer ma belle godasse au travers de mon écran plat, en pleine gueule de cette Barjot. Elle me paraît tellement inconsciente de ce qu'elle dit, ses arguments sont décousus et malhonnêtes, elle tire des généralités d'exemples particuliers: "j'ai un ami qui est contre l'adoption..." sauf que cet ami qui lui inspire tant d'enthousiasme est un fervent catho qui s'assume à peine en tant qu'homo; elle reconnaît elle-même ne pas connaître de couples lesbiens et se prononce contre le mariage des "gays" sans le préciser. Que des contradictions et aucune réflexion. (cf émission "On n'est pas couchés" du 12.01.13).
Bref, reprenons notre souffle et une gorgée de café, et puis rangeons donc cette godasse qui peut encore servir.

Cette manif rassemble beaucoup de monde derrière autant de motifs différents ( "je manifeste contre le mariage pour tous mais je n'ai rien contre", euh... "je manifeste pour le mariage mais je suis contre l'adoption", euh.. "je n'ai rien contre les pédés et biensûr qu'ils peuvent éduquer des enfants mais je suis contre", euh..." nous aimons les homos et nous ne sommes pas contre le projet de loi, nous manifestons car nous trouvons qu'il n'y a pas eu de vrai débat".....) Bref c'est un vrai fourre-tout surtout prétexte à donner une grande visibilité aux conservateurs, aux gens frileux, fermés, apeurés qui préfèrent se barricader derrière de fausses certitudes plutôt que d'être courageux, ouverts sur les autres, regarder vers l'avant.

Comme je le disais dans un article précédent sur le "mariage contre-nature", le mariage n'est pas naturel mais culturel. D'un point de vue moral et juridique, c'est un élément de contrôle social, une norme qui garanti une harmonie sociale. Idéalement. Mais le sacraliser est hypocrite. L'honnêteté demande de reconnaître que dans les faits, depuis tout temps, les relations homo ont toujours existé. Donc le mariage pour tous- qui est un symbole de reconnaissance de l'amour que se portent mutuellement deux personnes- ne menace rien ni personne.
Ensuite pour compliquer les choses, on a mis dans le package un élément qui relève d'une autre logique: les enfants.

Et là, c'est le bordel. C'est en tout cas ce qu'on pourrait croire. Comme le dit Caroline Fourest: et si on laissait les gens tranquilles? De quel droit allons-nous juger un couple inapte à élever des enfants parce qu'il est homosexuel. Les hétéros sont ils nécessairement de meilleurs parents? Oh c'est clair que non et ces belles idées de "protéger la famille" sont complètement hypocrites quand on voit le nombre de séparations, de recompositions, de tensions entre parents séparés, entre mère et nouvelle belle-mère, demi-frères et soeurs, etc.
C'est la vie.
Beaucoup de gens font des enfants sans se montrer vraiment responsable et les homos n'ont rien à voir la dedans, ce débat se situe ailleurs, dans les raisons - bonnes ou mauvaises - qui poussent un couple à avoir un enfant.

Le débat sur la PMA est à mon avis déplacé et l'avoir accolé à la question de l'adoption et du mariage homosexuel brouille le débat général.

Pour en revenir à notre belle manifestation du jour, j'imagine que dans quelques années, 10, 20 ou 30 ans, un jeune rentrera de l'école et demandera à ses parents:
- on a vu aujourd'hui en cours d'histoire le moment où le mariage et l'adoption pour les couples homosexuels a été instauré. Pourquoi y avait-il tant de gens contre? C'est bizarre, parce que c'est banal. Je pensais que ça avait toujours existé...
- oui mon chéri, c'est vrai qu'à l'époque on avait peur, on croyait que ça serait un trop gros bouleversement, que ça détruirait la famille. On manquait de recul, et c'est vrai tu as raison, c'est ridicule quand on y repense, d'avoir fait tant de chichis. On était étriqué dans nos conceptions religieuses, on voyait du sacré là où il n'y en avait pas, "le mariage!" . Le mariage est un symbole d'amour et ce rituel n'est pas réservé exclusivement à un homme et une femme. Ce n'est pas ce qu'on croyait à l'époque. On se voilait la face. Tu  sais, tu verras que les hommes ne font pas toujours les bons choix et ne sont pas toujours des exemples de bon sens.
Tu sais, j'étais contre à l'époque.
- ah bon? mais pourquoi?
- eh bien, comme je te disais, c'était très compliqué, on croyait que deux personnes du même sexe ne devaient pas avoir un accès "normal" à la parentalité. On croyait que ça changerait trop de choses, comme de dire papa un et papa deux sur les formulaires administratifs.
- c'est vrai? pour un papier administratif tant de gens se sont opposés aux droits des parents homosexuels?
- Entre autre chose... On peut pas s'en vouloir d'avoir cru en quelque chose qui n'était pas fondé. Ce que je peux te dire, c'est qu'heureusement que les choses se sont faites correctement au final. Heureusement qu'en face, les gens étaient plus nombreux à ne pas avoir peur.

A quand un beau final du genre: ils se marièrent et adoptèrent beaucoup d'enfants?