Je viens enfin de recevoir les livres que j'ai commandés il y a 10 jours, ce qui veut dire que je vais pouvoir entamer la prochaine étape de mes recherches.Ce qui veut sûrement dire aussi que je ne terminerai pas la lecture que j'ai commencée en attendant. Ça tombe bien, le bouquin était rébarbatif au possible, quoique légèrement intriguant. Je vous raconte: en désespérant de recevoir mes nouveaux livres, j'ai commencé à lire Aleph, de Paulo Coelho. J'ai toujours trouvé sympathique la lecture de ses ouvrages. Sauf que ce bouquin n'a rien à voir avec les précédents. Après une dizaine de pages que je n'avais pas comprises, mal écrites, décousues, complètement opaques à tout entendement, je sautais sur mon ordinateur pour lire toutes les critiques que je pouvais trouver. On va dire qu'à 90% elles étaient négatives. Il n'en fallait pas tant pour m'encourager à reprendre le bouquin. Les critiques négatives mentionnaient toutes les mêmes choses: trop de narcissisme de l'auteur, relation malsaine entre ce dernier et une jeune femme que beaucoup trouvaient désagréable, histoire sans aucun intérêt, beaucoup plus de mysticisme (réincarnation, énergie divine par-ci, par là...) que de spiritualité, etc. J'ai continué ma lecture. Il devait bien y avoir une explication à tant de déception. J'en ai trouvée une...
...que je rédigerai plus tard.
Pour l'instant, j'ai autre chose à faire. J'ai quatre superbes livres qui m'attendent et que je vais étudier sans plus tarder.
Ce sont des livres de vulgarisation mathématique.
J'ai lu il y a un an dans le bouquin de Keith Devlin, "Enigmes mathématiques du troisième millénaire", que les nombres premiers étaient à l'origine de nombreux mystères. Entre autre chose, certaines logiques qui sous-tendent leur agencement sont à la base de la cryptographie quantique.
Quoi qu'est-ce donc que ce charabia...?
Eh bien juste que les codes secrets qui assurent la sécurité des réseaux et informations internet sont basés sur des agencements de nombres premiers, notamment très élevés, comportant plus de 100 chiffres par exemple. L'auteur racontait principalement qu'on ne sait pas grand chose sur ces nombres (c'est peut-être pour cela qu'ils sont dans son bouquin?).
Alors je me faisais cette remarque:
Voici encore un exemple de ce petit jeu dont nous sommes coutumiers: jouer avec le feu, croire que nous maîtrisons le tout parce qu'une partie réagit comme nous l'attendons.Comment pouvons-nous protéger de si gros intérêts (les informations transmises sur internet) à l'aide d'un instrument que l'on ne maîtrise que fort partiellement. On voit bien la course poursuite, le jeu de cache-cache, qui oppose les crypteurs aux décrypteurs, pirates informatiques.
Si l'on regarde de près les nombres entiers, on peut se demander pourquoi le fait que certains ne soient divisibles que par 1 ou par eux-mêmes soulève tant de questions. Pourquoi sont-ils dispersés ainsi dans la longue succession des nombres, y a-t-il une logique? C'est tout de même très intriguant...
Outre cette remarque introductive, je trouve l'objet mathématique, dans son ensemble, vraiment passionnant. Non, ce que je trouve passionnant, c'est la confrontation de l'esprit humain à la logique, s'exerçant toujours plus dans les sphères de l'abstraction. Lorsqu'on suit le cheminement de la raison qui part d'une question et va jusqu'à une solution on constate tout ce qui entre en compte dans ce travail humain: facteurs psychologiques, sociologiques, culturels... "Pourquoi cette question, pourquoi est-elle posée en ces termes, pourquoi telle personne s'intéresse à la question, comment l'aborde-t-elle, quelle solution y apporte-t-elle, en quoi la solution solutionne-t-elle vraiment le problème, pourquoi... pourquoi... pourquoi..."
Mais PARCE QUE! me direz-vous...
C'est cela qui inspire mon questionnement sur la "démarche scientifique" (cf les articles sur la raison, le temps et les perceptions).
Je vais donc étayer le sujet à l'aide d'auteurs chevronnés, vulgarisateurs hors pairs.
Marcus du Sautoy, "La symphonie des nombres premiers":
http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/24362
Simon Singh, "Histoire des codes secrets" et "Le dernier théorème de Fermat":
http://www.lecture-ecriture.com/5772-Le-dernier-th%E9or%E8me-de-Fermat-Simon-Singh
Sven Ortoli, Jean-Pierre Pharabod, "Métaphysique quantique":
http://www.decitre.fr/livres/metaphysique-quantique-9782707169952.html
A suivre...
A la Une
Petite épistémologie de la créativité - première partie
(Sous-titre provisoire: De la contrainte nécessaire.) Une des choses qui font de l’Homme un être vraiment étonnant est sa capacité à in...
vendredi 1 février 2013
mercredi 23 janvier 2013
Pepe Mujica
Article du 23 janvier 2013
Voici un article sur Pepe Mujica, le président de la simplicité qui défraye, malgré lui, les chroniques du monde occidental.
Jose "Pepe" Mujica, président de la République Orientale
de l’Uruguay.
Pepe Tupamaro.
L’exemple de Pepe
Libertad
Voici un article sur Pepe Mujica, le président de la simplicité qui défraye, malgré lui, les chroniques du monde occidental.
Jose "Pepe" Mujica, président de la République Orientale
de l’Uruguay.
Avez-vous entendu
parler de ce président? Affublé de l’épithète « normal », la presse
tend à ériger ce président en exemple de ce que François Hollande prétendait
incarner : la normalité présidentielle. On est surpris, par chez
nous, de constater que la normalité présidentielle peut être davantage qu’un
effet de style démagogique.
Alors
qu’entendons-nous sur Pepe.
Depuis que le
Courrier international lui a consacré sa Une du mois de novembre 2012, les
médias se jettent sur le sujet et reprennent en boucle les mêmes
éléments : principalement le passé de Pepe, les mesures prises sous le
gouvernement de gauche et enfin, son style « décomplexé »
aimerions-nous dire.
Voici quelques liens
pour découvrir le personnage et ce qui s’en dit :
Pepe Tupamaro.
Dans les années 60,
José Mujica est un des dirigeants des tupamaros, aux côtés d’autres dissidents
du parti socialiste, du parti Nacional, d’indépendants ou de
syndicalistes. La direction du mouvement est collégiale, ce qui est déjà très
rare pour ce genre de mouvements révolutionnaires. Les Tupamaros s’engagent en
premier lieu dans la défense des petits paysans. Le nom Tupamaros vient de
Tupac Amaru, chef indo-américain qui conduisit une des principales révoltes
contre les Espagnols en 1780 dans l’actuel Pérou.
Pour faire court,
les Tupamaros défendent l’action plus que les paroles («les paroles divisent et
l’action unit ») et leur projet initial, quoique le définir théoriquement
ne fût pas une priorité, tournait autour d’une critique de la révolution du
prolétariat russe, « soutenant davantage une démocratie populaire pluripartite
et une forme d’autogestion ouvrière » pour reprendre les termes de
l’article wikipedia sur les Tupamaros[i].
A l’époque, dans les
années 60, le paysage politique compte deux partis traditionnels : le
parti Blanco (national) et le parti Colorado ; oscillant entre
conservatisme et libéralisme. De notre point de vue on considérerait ces deux
partis comme étant de droite mais le clivage droite/gauche que l’on entend ne correspond
pas nécessairement aux échelles de valeurs idéologiques latino-américaines.
Toujours est-il que le pays est pauvre et que les libertés sont bafouées.
Inspiré par la révolution cubaine de 1959, les Tupamaros défendent le petit
peuple.
En 1973, les
militaires prennent le pouvoir par un coup d’état. Les dirigeants Tupamaros
sont en majorité arrêtés par les forces armées. On les considère comme les
« otages de la dictature », soumis à l’isolement et aux tortures
quotidiennes. La dictature prend fin en 1985.
A la fin des années
80, les Tupamaros se sont intégrés au paysage politique uruguayen. Ils
ont politisé leur action. Tous les mouvements de gauche rassemblés sous une
même étiquette, le Frente Amplio (le front large) depuis 1971, accueillent en
1989 le Mouvement de Participation Populaire (le mouvement Tupamaros politisé).
Pepe a donc été
membre de ce mouvement guérillero et emprisonné sous la dictature. Il passa 9
années en isolement total. Libéré en 85, il poursuit son engagement au sein du
mouvement politisé.
Déterminés à faire
changer les choses dans le petit pays qu’est l’Uruguay, les courants de gauche
se sont unis, si bien qu’en un peu plus de 10 années, le Frente Amplio est
arrivé au pouvoir. Pepe Mujica est le second président élu issu de ce parti.
L’exemple de Pepe
Pepe est le surnom
régulier pour tous les José en « Hispanie », comme par exemple Pancha
l’est pour Francesca et ainsi de suite pour beaucoup de prénoms.
Au-delà des mesures
politiques mises en place sous le gouvernement du front large (droit à
l’adoption pour les couples homo, avortement, légalisation des drogues douces)
que les médias français soulignent, c’est la personnalité de Pepe qui suscite
la curiosité.
Ce monsieur de 77
ans à la figure débonnaire, un bon papi ventru et joufflu, ne mâche pas ses
mots. Il refuse d’emménager dans la demeure présidentielle, reverse 90% de son
salaire aux œuvres caritatives, vit dans une petite ferme avec sa femme et fait
pousser des fleurs. Son seul bien matériel consiste en une vieille et jolie
coccinelle bleue. On lit dans les journaux de ce côté de l’Atlantique que Pepe
Mujica est un président pauvre, et de citer ses propres dires : « le
pauvre, c’est celui qui a besoin de beaucoup ». « Il faut travailler
moins pour consommer moins », « Je ne suis pas pauvre, je suis
libre »… On insiste sur son refus du port de la cravate et sur sa
décomplexion protocolaire.
Ce qui m’étonne,
c’est que l’on idéalise ce monsieur. Bien sur, son exemple réchauffe le cœur,
on aimerait bien voir chez nous un homme capable de ce genre d’abnégation,
d’engagement, de fidélité entre ses dires et sa pratique. Il y en a plein
mais ces hommes là ne sont pas président de la république.
Ca nous change aussi
des dépenses somptuaires et scandaleuses que les hommes politiques d’içi et
d'ailleurs ont pour habitude de faire une fois au pouvoir.
L’Uruguay est un
petit pays de 3 millions d’habitants mais ce n’est pas cela qui explique
l’accession de la normalité au pouvoir. C’est davantage le poids des
institutions chez nous qui empêche ce genre de phénomènes.
Dans les pays qui
sont à l’origine théorique des formes institutionnelles du pouvoir (séparation
des pouvoirs législatif, executif et judiciaire, bicamérisme, citoyenneté,
codification, constitutionnalisation, etc), les institutions en question se
sont ampoulées, se sont systématisées, si bien que les institutions prennent le
pas sur les hommes qui les incarnent. Une volonté personnelle pèse peu face au
poids psychologique des coutumes. Ce n’est pas le cas ailleurs. Souvent, cette
absence de mythification des institutions induit-elle des formes de corruption.
Par exemple, en Amérique latine, la séparation des pouvoirs est souvent
joliment marquée sur le papier mais nullement respectée dans la pratique. Aussi
les hommes politiques sont-ils issus des milieux d’affaires et les lobbies
consuméristes dirigent-ils en sous-main la politique du pays au nom d’intérêts
pétroliers ou « estadounidenses » (etats-uniens). Mais là nous avons,
et c’est effectivement rare pour nous, un exemple différent.
Quand la pratique
l’emporte sur la théorie, sur la forme, sur le protocole.
Quand une
philosophie humaniste de la simplicité l’emporte sur les milliards d’intérêts
contradictoires.
Ca nous demanderait
un gros effort de notre côté de l’océan pour dépasser les fausses excuses qui
nous retiennent dans notre confortable modèle de société, mais ce n’est pas
impossible. On voit d’ailleurs souvent les pays que l’on jugeait émergents nous
donner des exemples en matière d’écologie et de développement durable. Ce
n’est, à mon humble avis, que le début.
Libertad
Ce qui nous touche
chez Pepe, c’est la forme de sagesse qu’il incarne. Sa philosophie pratique de
la liberté. Nous concevons ce qu’il définit comme sa liberté comme étant le
résultat d’une « renonciation ». Or ça n’en est pas une car on ne
renonce pas à ce qu’on ne désire pas. Nous concevons ce qu'il définit comme sa
liberté comme étant le résultat d’une forme d’austérité mais ça n’en est pas
non plus, car il a tout ce dont il a besoin (sa compagne, un toit sur la tête,
un chien, une occupation honorable (les fleurs), et un engagement pour l’esprit
(la défense de ses idées). Tout le travail que nous ne voulons pas faire
consiste à apprendre à ne plus désirer toutes les autres choses, ces choses
matérielles qui nous rassurent parce qu'elles nous possèdent et nous limitent.
Le plus étonnant à
nos yeux, je pense, c’est que cet homme est apparemment vacciné contre la
« maladie du pouvoir ». Oui, car qui, motivé par les plus belles
idées, une fois les clés du coffre-fort en main, - gagnant du loto, président-
conserve son idée première ? Qui ne succombe pas à l’effet grisant que
procure la détention d’un pouvoir ? Il faut apparemment avoir traversé les
plus dures épreuves de la vie, médité longtemps, pour percevoir le sens de la
vie autrement que comme un profit égoïste.
Il faudrait creuser davantage pour connaître la réalité
économique du pays. J’ai noté cependant que l’éducation était une priorité (ce
qui est une bonne chose car l’éducation est fondamentale).
Autre petite question : concernant la citoyenneté. La
citoyenneté peut être perdue pour toute personne jugée inapte physiquement et
mentalement. La citoyenneté étant composée du devoir de vote (obligatoire) et
de son pendant en droit. Il faut creuser la question du traitement politique et
social des « décitoyennisés », en gardant bien à l’esprit que
« citoyenneté » chez nous ne recouvre pas forcément la même réalité
que « citoyenneté » là-bas.
vendredi 18 janvier 2013
Draguer dans un bar en toute élégance...
Hey! En fouillant dans mes anciens textes, je suis tombé sur ce petit article que j'ai écrit il y a quelques années...
Draguer dans un bar en toute élégance:
Il est 19h, vous sortez du bureau et vous auriez bien envie
de faire un petit détour improvisé avant de rentrer chez vous. Se détendre un
instant dans un petit bar branché. Cela tombe bien, votre collègue Julie vous a
justement parlé de ce petit endroit sympa... Pas besoin d'être toujours
accompagnée pour profiter d'une bonne ambiance et d'un petit cocktail. C'est
même l'occasion de faire quelques rencontres grâce à un jeu de séduction
subtil.
Voici quelques astuces qui vous permettront de jouer de
votre charme en toute élégance.
Même si les clichés ont bien souvent la vie dure, une femme
seule dans un bar ne dégage pas forcément l'image d'une personne qui cherche
quelqu'un pour combler une solitude habituelle devenue trop pesante. Non, au
contraire, à partir du moment où l'on franchit avec assurance le seuil de
l'établissement, que l'on va s'asseoir avec naturel au comptoir ou à une table
proche de ce dernier, que l'on sort consciencieusement son agenda ou son
magazine et que l'on se met à l'aise tout simplement, on ne dégage rien d'autre
que l'image d'une femme active qui jouit de sa précieuse liberté.
Bien souvent le serveur ou le barman viendra échanger
quelques mots comme le veut la profession, et c'est toujours une bonne chose
que de sympathiser avec ce dernier. Le draguer est nettement moins
recommandé...
Autre phénomène courant, l'approche d'un individu de sexe
masculin qui sans aucune subtilité viendra vous déconcentrer dans la lourde
tâche de la lecture de la carte des cocktails. Avec politesse et diplomatie il
s'agira de lui faire comprendre que l'on n'a besoin de rien ni de personne.
Ces petites interactions sont souvent propices à créer, par
un jeu de regards amusés, une complicité avec une table voisine lorsque son ou
ses occupants observent avec quelle simplicité vous revendiquez votre petit
moment de tranquillité. Elles font un excellent alibi pour jeter un coup d'œil
sur l'ensemble du public - comme pour anticiper les attaques des potentiels
enquiquineurs ou cibler les individus qui suscitent un intérêt .Un échange de
regards suffit.
Ensuite, il existe deux stratégies de drague qui sont chacune
fonction de votre personnalité.
Une manière frontale : se lever et aller voir l'intéressé
comme un homme viendrait vous voir et lui dire sans détour que son charme vous
a touchée. C'est une démarche qui a son élégance mais dont l'efficacité n'est
pas garantie. Les hommes sont encore très souvent décontenancés par les femmes
qui font montre d'une assurance décomplexée.
L'autre manière est, dirons-nous, plus féminine puisqu'elle
fait appel à un soupçon de manipulation : il s'agit de créer autour de soi les
conditions qui amèneront l'homme intéressant à s'approcher. Un cocktail de
mystère, d'assurance, de naturel, ne pas prêter trop d'attention à ce qui se
passe alentour comme le ferait une tête chercheuse, être simplement bien avec
soi-même, repousser les malvenus et accepter le bienvenu lorsqu'il se
présentera - s'il se présente...
Le meilleur moyen de draguer est de ne pas chercher à
draguer. Avant même d'entrer dans le bar, l'idée de repartir seule doit être
acceptée ! On peut en toute légitimité jouer de ses charmes auprès de la gent
masculine, avec subtilité et élégance, mais cela ne doit jamais se faire au
détriment du respect que l'on doit à sa propre personne. Rien n'est plus
attirant qu'une femme libre qui s'assume, qui sait ce qu'elle veut ou qui en
donne l'air...
Shantée bellefleur a son ".com"
Retrouvez tout les articles du blog sur le site www.shantee-bellefleur.com.
Un peu plus organisé, je vous propose de me suivre dans mes réflexions sur le site. Toutes aide et contribution sont bienvenues, ainsi que commentaires, avis et remarques personnelles pour faire avancer le schmilblick :)
Clic et c'est parti.
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jeudi 17 janvier 2013
Hans et Sophie Scholl - morceaux choisis
Je lisais récemment les "Lettres et carnets" de Hans et Sophie Scholl, ces jeunes frère et soeur allemands exécutés le 22 février 1943 pour avoir élaboré et distribué 6 tracts du réseau de résistance "la Rose Blanche". Lui avait 25 ans et elle 22. J'en suis à la moitié du bouquin et dès les premières lignes, j'ai eu l'impression de retrouver Anne Franck. J'avais lu le journal d'Anne Franck au collège, comme beaucoup j'imagine, et j'avais été très marquée par cette lecture. J'ai gardé le livre à côté de moi plusieurs mois après l'avoir terminé, posé sur mon bureau ou par terre près du lit, jusqu'à ce qu'il soit digéré je pense. Je ne pouvais pas me séparer du bouquin parce que je ne voulais pas l'oublier. Son journal m'avait énormément apporté à l'époque. Anne était devenue ma copine et je pensais très souvent à elle.
Loin d'être glauque ou douloureuse, c'est une lecture pleine de fraîcheur, de dynamisme et d'enthousiasme. Malgré l'adversité et l'horreur de l'époque.
Je propose içi quelques passages des Lettres et Carnets des jeunes Scholl. Je les ai choisi principalement pour leur rapport à la nature, omniprésente dans leur réflexion alors que le pays entre en guerre.
Sophie
à sa soeur Inge, le 8 juillet 1938:
« C’est
drôle d’être si petite quand les arbres sont si grands. […]
Je
ne dessine pas beaucoup ces temps-ci. Nous apprenons très bien à dessiner à
l’école, même si notre professeur est moyenne et encore très jeune.[…]
J’aimerai poursuivre comme notre professeur. Je dois cesser de me poser tant de
questions. J’apprends, c’est l’essentiel. Le reste viendra tout seul, n’est-ce
pas ?Je n’ai pas le sentiment d’une vocation ni rien de tel, mais qui veut
devenir un artiste doit être avant toute chose un être humain. De fond en
comble. Je vais essayer et travailler sur moi. C’est très dur. Je suis
terriblement superficielle … »
« Si
je disais à mes camarades tout ce à quoi je me suis inscrit, ils me
traiteraient de fou […] mais ça en vaut vraiment la peine. Savoir, c’est
pouvoir. »
Hans
à ses parents, le 8 novembre 1938:
« Je
suis à nouveau pris par la routine. […]Chaque jour apporte quelque chose de
nouveau, […]quand on fait brièvement le point dans sa tête, on comprend qu’on a
acquis encore une nouvelle expérience , absorbé une nouvelle image,
rencontré de nouvelles créatures – oui, et par-dessus tout la nature, qui fait
de nous des gens plus mûrs. »
Hans à ses parents, le 17 avril 1939:
Journal
de Hans, septembre 1939:
«Je
me suis plongé dans des réflexions sur le rapport de l’homme à la nature, ou
mieux : la nature est-elle vraie ? Je dois scruter au fond de moi et
essayer d’explorer toutes les causes premières. Voici un an, je disais à Lisa : à l’automne, la forêt
fait étalage de coquetterie parce qu’elle sait qu’elle tendra bientôt ses
branches nues et noires dans le ciel glacé de l’hiver. Ce n’est pas vrai :
la nature ne connait pas la coquetterie. Ce sont les hommes qui la lui attribuent.
Les hommes, qui regardent le monde de leur point de vue et en tirent des
conclusions ».
Sophie
à son ami Fritz, avril 1940:
« Si
tu n’étais pas loin, je t’enverrais des scilles, des anémones, des tussilages,
des fleurs de coucou et des violettes. Mais elles ne pourraient que faner.
Cueille-t’en quelques unes. […] Je préférerais te raconter des histoires de
printemps. Imagine-les toi-même. Sur les bois, les champs et nous deux. Et quoi
que tu fasses, ne deviens pas un lieutenant arrogant et indifférent.
Pardon ! Mais c’est si facile de devenir insensible, et je crois que ce
serait fâcheux. »
Hans
à sa sœur Elisabeth, le 29 avril 1940:
« Je
ne sais pas ce qu’il adviendra de moi par la suite. Au fond, ça n’a pas grande
importance, parce que je suis moi partout où je vais, et que les arbres sont
partout en fleurs, et que l’après-midi on peut déjà s’étendre sur l’herbe à
l’ombre d’un bouleau. L’environnement n’a pas tant d’importance. Ce qui compte,
c’est ce que nous y apportons. »
Sophie
à Fritz, le 16 mai 1940:
« Même
ici la guerre se remarque parce qu’il ne se passe guère une minute sans que les
oreilles soient assaillies par le vrombissement des avions. La pentecôte a été
vraiment magnifique, cependant, et c’est vraiment merveilleux que rien ne
puisse dévier le cours de la nature. Nous étions couchés dans l’herbe […], la
prairie était tout empourprée par les compagnons rouges […], il y avait des
centaines d’autres espèces de fleurs et d’herbe qui poussaient dans les près et
les forêts. Un oiseau chantait dans l’arbre au-dessus de nous et un autre lui
répondait depuis la forêt par la même délicieuse mélodie. […] Pense un peu à
autre chose que ton travail. Trouves-tu parfois le temps de lire ? Je
voudrais tant que tu survives à cette guerre sans en être la créature. Nous
avons tous nos échelles de valeurs en nous, mais nous ne les consultons pas
assez souvent. Peut-être parce que ce sont les échelles les plus rudes. »
Sophie
à Fritz, le 22 mai 1940:
« Je
n’arrive pas à imaginer que deux personnes puissent vivre ensemble lorsqu’elles
ont un avis différent sur ces questions, ou du moins sur la manière de le
traduire en actes. Il ne faut pas être ambivalent soi-même pour la simple
raison que tout le reste l’est, […] sous prétexte que nous sommes nés dans un
monde de contradictions, il nous faudrait nous y soumettre. Assez étrangement,
cette attitude si peu chrétienne est particulièrement répandue chez ceux qui se
disent chrétiens. En ce cas, comment pourrait-on attendre du destin qu’il fasse
triompher une cause juste quand si rares sont les gens qui se sacrifient sans
broncher à une cause juste ? Existe-t-il encore des gens qui ne se lassent
jamais de concentrer totalement leurs pensées et leurs désirs sur un seul
objectif ? Ce qui ne veut pas dire que je me rangerai au nombre des cœurs
simples au vrai sens du mot. Il ne se passe guère une heure sans qu’une de mes
pensées digresse, et très rares sont mes actions qui correspondent à ce que
j’estime juste. Je suis souvent si effrayée par mes actions, qui me dominent
comme de sombres montagnes, que je ne désire qu’une chose : cesser
d’exister, ou devenir un grain de poussière ou un fragment d’écorce. Mais ce
désir qui souvent me terrasse est mauvais parce qu’il ne vient que de la
lassitude.
C’est
mon fort la lassitude. Elle me fait me taire quand je devrais parler. […] Ne me
crois pas bonne parce que je suis mauvaise. […] Je voulais te dire des choses
gentilles et joyeuses et voici la lettre à laquelle tu as droit. […]
Pardonne-moi si cette lettre te paraît embrouillée, mais je ne peux pas
toujours me montrer telle que je ne suis pas. »
Sophie
à Fritz, le 29 mai 1940:
«
Nous avons vraiment un temps magnifique en ce début d’été. Si j’en avais le
temps, j’irai au bord de lIller pour nager, paresser et essayer de ne penser à
rien d’autre qu’à la beauté autour de moi. Ce n’est pas facile de s’interdire
de penser à la guerre. Même si je ne sais pas grand-chose de la politique et
que je n’ai aucune ambition en la matière, j’ai ma petite idée du bien et du
mal, parce que ça n’a rien à voir avec la politique et la nationalité. Et j’en
pleurerais, de voir combien les gens sont mesquins, même à un haut niveau de
responsabilité politique, et trahissent leurs semblables, peut-être pour un
avantage personnel. Le courage ne pourrait-il pas passer par là ? […] Je
suis parfois tentée de considérer l’humanité comme une maladie de peau de la
terre. Mais seulement parfois, quand je suis très lasse, et que des hommes qui
sont pires que des bêtes occupent tout mon esprit. Mais tout ce qui importe, au
fond, c’est de savoir si nous allons nous en sortir, si nous parvenons à rester
nous-mêmes au milieu de la masse, qui ne pense qu’à son profit. Pour qui la fin
justifie les moyens. Elle est tellement écrasante, cette masse, et il faut être
mauvais pour survivre. »
Sophie
à Fritz, le 17 juin 1940:
« Il
y a deux roses sur ma table de chevet. Des chapelets de minuscules perles se
sont formés sur les tiges et le feuillage qui trempe dans l’eau. Quelle vue
pure et belle, quelle froide indifférence il s’en dégage. Dire que ça existe.
Que les arbres se contentent de pousser, et les blés et les fleurs, que
l’hydrogène et l’oxygène se sont mêlés pour former ces merveilleuses et tièdes
gouttelettes d’été. Il arrive que cela s’impose à moi avec une telle force que
j’en suis totalement pénétrée et qu’il ne reste plus de place pour une seule
pensée. Tout cela existe alors que les hommes se conduisent de manière si
inhumaine au sein de la création, comme même les bêtes ne le font pas. »
Sophie
à Fritz, le 19 juillet 1940:
« Cet
après-midi, j’ai fais deux heures de promenade à bicyclette avec Inge. C’était
magnifique, et j’en suis rentrée enrichie. C’est si bon de pouvoir prendre des
choses, comme ça, sans priver personne. C’est bon que les forêts et les
prairies et les nuages ne changent jamais, contrairement à nous les hommes.[…] Et
même quand tu penses que tout a une fin, la lune reparaît dans le ciel la nuit
suivante. Et les oiseaux continuent de chanter aussi suavement, empressés, sans
s’inquiéter de savoir si ça rime à quelque chose. As-tu remarqué comment ils inclinent
leurs petites têtes vers le ciel et chantent avec un abandon complet, et comme
leur petite gorge se gonfle ? C’est bon que cela existe toujours. Et tu y
as droit toi aussi. Cela suffit à réjouir le cœur, n’est-ce pas ? »
La suite quand j'aurai avancé dans le bouquin!
mercredi 16 janvier 2013
Monnaie! - A venir
A venir, réflexions sur un monde "sans argent", intermédiaire de l'échange, bonheur en grosses coupures, étalon de valeur fiduciaire qui a profondément contribué à pervertir la notion de valeur.
C'est un sujet compliqué parce qu'il faut faire la part des choses entre les idéologies, la pratique sociale et économique ("facilitation" du quotidien au sein d'un ménage: "economia")... Pour ça, un petit détour anthropologique est indispensable et la vidéo sur les Trobriandais que j'ai postée récemment a tout à voir avec ces réflexions.
En gros il s'agit de chercher des réponses à ces questions:
Qu'est-ce que l'argent (intermédiaire)
Quel est le problème aujourd'hui (idéologie?)
Pourquoi (héhé....)
Comment c'était avant ( pas pareil )
Et alors? Qu'est-ce qu'on peut y faire...
Vers l'article "posté récemment" :
Les trobriandais
C'est un sujet compliqué parce qu'il faut faire la part des choses entre les idéologies, la pratique sociale et économique ("facilitation" du quotidien au sein d'un ménage: "economia")... Pour ça, un petit détour anthropologique est indispensable et la vidéo sur les Trobriandais que j'ai postée récemment a tout à voir avec ces réflexions.
En gros il s'agit de chercher des réponses à ces questions:
Qu'est-ce que l'argent (intermédiaire)
Quel est le problème aujourd'hui (idéologie?)
Pourquoi (héhé....)
Comment c'était avant ( pas pareil )
Et alors? Qu'est-ce qu'on peut y faire...
Vers l'article "posté récemment" :
Les trobriandais
Tous philosophes
Je réédite mon article du 12 nov.12 et je suis encore assez d'accord avec moi-même ;)
Une grande chorégraphie
Une grande chorégraphie
Nous sommes devenus des paresseux. Mais comment ne pas le devenir quand nous vivons dans un monde qui nous pousse à l’être. Alors même qu'à l’école on nous enseigne maladroitement à nous ouvrir sur tant de connaissances afin de développer notre esprit critique, une fois devenus adultes nous n’avons guère le choix : il nous faut rentrer dans les cases que notre société a construites pour assurer sa pérennité. Devenir adulte c’est se résigner à trouver sa place dans la grande chorégraphie, bien la suivre pour recueillir les applaudissements de ses pairs. Ainsi, nous ne prêtons plus attention à la musique, nous ne questionnons pas l’ordre des pas de danse ; nous exécutons ce que l’on attend de nous.
Cela fait-il de nous des paresseux pour autant ? Parce qu’ils s’agitent drôlement ces quelques milliards d’êtres humains… Eh bien oui, nous sommes paresseux, dans une certaine mesure.
Dans la mesure où nous ne nous posons plus de questions. Dans la mesure où nous ne cherchons plus les réponses par nous-mêmes. Toujours empêtrés dans nos contradictions, nous voulons comprendre mais nous n’avons pas le temps. Nous voulons savoir mais nous avons peur de savoir. Nous voulons nous différencier des autres, superficiellement, en étant plus semblables que nos pairs – en exécutant mieux la chorégraphie.
Nous sommes tous semblables et tous différents : tous semblables dans notre condition, tous différents dans ce que nous faisons de ce que nous sommes.
Nous contournons ces contradictions en cherchant des repères et des références autour de nous, dans le passé, dans ce que le temps a valorisé. Peut-être devrions-nous chercher en nous-mêmes ?
La divinisation des penseurs
Les hommes ont une propension incroyable à se jeter à bras ouverts dans la pensée de ceux qui font le travail pour nous. Ainsi Socrate, Jésus, Siddhârta, Aristote, Moïse, Confucius et tant d’autres sont-ils divinisés, « starisés ». Nous avons érigé les fruits de leur réflexion en Vérité, indétrônable, intransigeante, unique, intolérante et intolérable. N’est-il pas inquiétant de voir à quel point nous nous disputons leur parole, comme un petit bout de couverture, trop petit pour tous nous réchauffer, alors que nous pourrions fabriquer d’autres couvertures ? Produire de la pensée nouvelle.
2000 ans après le Christ, nous avons inventé la physique quantique mais nous sommes encore trop frileux pour remettre en cause la divinité archaïque des fondements de notre pensée judéo-chrétienne.
Ces hommes, ces penseurs, nos semblables, ont ouvert leur esprit, partagé, communiqué ce qu’ils avaient en eux après s’être longuement interrogés sur notre condition. Jamais ils n’ont cherché à ce que leur personne prenne le pas sur leurs idées. Leur ambition n’est autre que la soumission de leurs idées à leurs semblables pour alimenter la pensée humaine. Leur génie ne fait pas de ces hommes des surhommes, encore moins des dieux. Comme cela arrive tous les jours, partout dans le monde et dans tous les domaines, ce sont des hommes qui font très bien ce qu’ils savent faire, des pionniers dans le domaine de l’éveil des consciences.
Nous sommes alors fascinés par leur compétence que les siècles ont amenée jusqu’à nous, confirmant ainsi la profonde valeur heuristique de leur réflexion. Nous ne leur disons pas simplement merci pour l’exemple qu’ils sont, pour l’hommage qu’ils rendent à leur humanité, mais nous les désenchantons en nous mettant à leur genoux, eux qui ne cherchaient qu’à nous élever, nous pervertissons leur pensée en ne cherchant pas à la comprendre, en en faisant un enjeu politique de pouvoir. Tout ce qu’ils nous exhortent à faire, c’est réfléchir, s’ouvrir et être à la hauteur de ce que nous sommes.
L'universalité du bon sens
Nous ne pouvons pas tous être Philosophes et refaire le monde chaque jour. Mais nous pouvons tous faire l’effort de remettre en question des idées, de réfléchir aux raisons qui nous animent, et nous sommes très nombreux à faire déjà ces efforts. C’est ainsi que l’on apprend à se connaître, que l’on découvre ce que l’on veut sincèrement et honnêtement faire de son existence, sans nuire à ses semblables, sans nuire à notre environnement.
Qu'est-ce que la philosophie : l’art de poser les bonnes questions. Certes, mais encore ?
L’effort de se poser les questions les plus simples qui sont aussi fondamentales et commencent souvent par Pourquoi… La science répond à certaines de ces questions, mais pour le reste que l’on appelle métaphysique, qu’avons-nous ? La foi apparemment, la philosophie sûrement. La philosophie qui nous apprend à gérer l'absence de réponses.
Se poser des questions, c’est une chose. Trouver des débuts de réflexion en est une autre. L’important dans ce travail, est de chercher à transcender les idiosyncrasies qui gouvernent notre pensée. Pour cela il faut s’intéresser à notre culture, notre système de valeurs, ses origines, son histoire, lire les romans de nos contemporains, de nos ancêtres, les comprendre puis s’en détacher.
Aborder ces questions avec désintérêt individualiste, avec ouverture et enthousiasme, apporte des débuts de réponses. Partout sur notre petite planète, ces réflexions prendront nécessairement des expressions différentes mais seront semblables dans le fond. On peut découvrir dans les idées profondes qui animaient les plus grands philosophes, une fois gratté le vernis culturel des époques qui les ont vu naître, l’universalité du bon sens.
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