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Petite épistémologie de la créativité - première partie

(Sous-titre provisoire: De la contrainte nécessaire.) Une des choses qui font de l’Homme un être vraiment étonnant est sa capacité à in...

lundi 9 juin 2014

Fanes de carottes



On ne le répètera jamais assez, l’alimentation est la meilleure des médecines préventives.
Stop aux produits industriels, aux plats sous vide, aux ersatz de fruits et légumes empilés par milliers sur les étals, emboîtés par centaines dans les rayons des supermarchés. Ces produits contiennent plus de chimie exhaustive, d’artifices colorisant, d’ « E » conservateurs que notre organisme ne peut en tolérer.

Consommons des produits locaux et naturels, mangeons MOINS et mangeons MIEUX.

Ces petites choses étant posées, je souhaite vous parler de ma dernière épopée culinaire qui est à l’origine de cet article.

Je passai quelques jours chez des amis qui vivent à proximité de Paris, dans une petite maison qu’ils occupent en colocation. Sportifs, accrocs au plein air, grimpeurs expérimentés, bourlingueurs du bout du monde, admirateurs infatigables de la nature, beaux comme des dieux et l’esprit vif autant que corrosif, voilà que les p’tits gars se mettent aux fourneaux dans la cuisine un peu vieillie de leur drôle de maisonnée.

Le plan de travail, immense, est égayé de petits saladiers et de grandes corbeilles dans lesquels fruits et légumes se disputent le dessus. Au bout, un germoir. Un germoir ? Oui, un germoir.
Il s'agit d'une sorte de récipient sur deux ou trois niveaux. On y pose des graines (lentilles, moutarde, fenugrec, cresson, épinard, choux, chia, radis, etc…) qui au bout de 5 jours vont donner des pousses. Les graines germées sont excellentes à tout point de vue.*

Par exemple, moi qui ne suis pas un exemple, je prends de temps en temps au petit-déjeuner, dans un petit ramequin, quelques graines germées que je mélange avec du fromage blanc. J’y ajoute quelques gouttes de citron et une pincée de sel. Ce petit pot de graines germées au yaourt citronné, eh bien c’est un délice.


Laissons de côté le germoir et la décoration de la cuisine et retrouvons nos amis en train de s’activer.

Ce soir, c’est soupe de fanes de carottes. Pour ma part, je ne connaissais pas. Je ne suis pas étonnée que les fanes soient comestibles (je mange d’ores et déjà les fanes de radis) mais je suis enchantée de voir que l’on peut en faire une soupe, qui plus est, absolument délicieuse.

Je partage la recette de mes amis en espérant qu’elle se propage parmi vous comme des p'tits pains :

Dans une casserole, un petit fait-tout ou bien une poêle, on fait revenir doucement, dans un peu d’huile d’olive, un oignon coupé en petits morceaux. On y ajoute les fanes d’une botte de carotte (soit d’une dizaine de carottes) coupées menues. Comme elles peuvent être filandreuses, il vaut mieux les couper en tout petits morceaux. On laisse réduire quelques minutes les fanes volumineuses.

Ensuite, trois petites pommes de terre et trois carottes grossièrement coupées (que l’on n’aura pas épluchées si elles sont bio) rejoignent la tambouille.

Quelques minutes plus tard, une dizaine tout au plus, on noie le tout sous un litre d’eau chaude. On couvre, on sale, on poivre et on laisse les choses se faire tranquillement sans nous pendant une petite trentaine de minutes. Certains, s’ils le souhaitent véritablement, peuvent ajouter un bouillon, mais je crois que si l’on sale, on poivre et que l’on ajoute une pincée de ceci et une autre de cela, le bouillon est superflu ! 

Enfin, on mixe le tout assez finement pour obtenir un velouté que l’on pourra parfaire à l’aide d’une cuillère à soupe de crème fraîche et d’un jaune d’œuf.

Ce soir, munis de notre bol de soupe, mes amis et moi nous sommes installés sur la terrasse qui donne sur le jardin et le moment a été résolument savoureux. Tellement simple, et savoureux.

Une petite terrasse et un petit jardin : 



* Sur les graines germées, voir l’ouvrage de Ludmilla De Bardo « Vitalité et Graines germées », O’Active éd., 2011. Préface du Professeur Henri Joyeux.
De même, sur le « manger vivant », on écoutera avec intérêt la célèbre naturopathe Irène Grosjean.



jeudi 15 mai 2014

L'étendu Jour


Au gré de quelques lectures transversales choisies un peu au hasard, comme cela, pour s’occuper l’esprit, je croisai, pas plus tard qu’hier, un mot.
Il a fait tilt et je l’ai aimé de suite. Faisant fi des nombreux mots qui le précédaient et des nombreux autres qui lui succédaient, je le sortais, lui seul, de son fleuve littéraire pour le prendre avec moi.
Je vous le présente fièrement : « étantité ». Je sais, ce n’est pas un mot commun dont la signification vient comme une évidence. Ce serait presque un mot neuf, un des néologismes que  les aventuriers de la Pensée savent si bien inventer pour faire tenir un édifice conceptuel, comme un mathématicien postule une nouvelle variable pour faire tenir une équation.
« Étantité ». Tout d’abord, il se prononce. Je veux dire, il est une sensation, comme un goût dans la bouche. Moi, j’aime bien le T. Je trouve que c’est une lettre solide, un peu comme un arbre. Il est fiable. Et puis le « an » a quelque chose d’étendu, de presque infini (presque, n’exagérons pas, il y a un « a » dans ce « an » et le « a », tout le monde le sait, est bien trop clair et simple pour côtoyer les choses trop envolées).
« Étantité », c’est un bruit aussi. Déjà, il commence à évoquer d’autres mots : identité, étanchéité, étang, quantité, immensité…
Il y a quelque chose d’aquatique (plus que d’aqueux) dans l’étantité. Par son bruit, par les mots qu’il évoque. Vous ne sentez pas un petit air iodé dans le sillage de l’étantité prononcée ? Ne sommes-nous pas déjà au bord d'un petit étang sauvage?
On peut s’en rapprocher un peu si vous le souhaitez. Je veux dire, s’en rapprocher, de l’étantité et non du bord de l’étang. 

De loin, notre mot est intriguant et plein de promesses, alors allons-voir un peu plus près… juste un peu.
C’est bien cela. Plus on s’en approche, plus il se diffuse. Il se refuse à la préhension  mentale. Il joue et se montre aguicheur, il se dérobe, mais qu’à cela ne tienne. C’est une ontologie et les ontologies sont toutes diffuses. Et même infuses. 

L’étantité, c’est une façon d’être dans l’étant (c’est une façon d’être dans les temps ; c’est une façon d’être dans l’étang…).
C’est une ontologie détendue, étendue, une ontologie prélassée, nonchalante. Comme être étendu, détendu, au bord d’un étang.

L’étang du jour.

jeudi 24 avril 2014

Petite épistémologie de la créativité - première partie

(Sous-titre provisoire: De la contrainte nécessaire.)

Une des choses qui font de l’Homme un être vraiment étonnant est sa capacité à inventer, à créer. Bien sur il pense, il réfléchit, ce qui est déjà bien, mais lorsqu’il crée, il se passe quelque chose de mystérieux. C’est ce mystère-ci que je propose d’aller sonder.

Qu’est-ce que peut bien être une création ? Qu’est-ce que créer ?

Ce que l’on peut faire pour tenter de comprendre quelque chose à cette étrange créativité, c’est réfléchir ensemble et ouvrir ainsi des pistes de réflexion.

Pour cela, je vous emmène en balade et notre balade commence maintenant, avec le « scientifique ». Ce drôle de personnage sera rejoint, plus tard, par un autre olibrius: l'"artiste". Tous deux sont en effet "exemplaires" lorsqu'il s'agit d'illustrer la créativité.
Alors, qu’est-ce qu’un scientifique ?

On peut dire simplement qu’un scientifique est un homme qui cherche, en respectant une démarche faite de normes, de postulats, de protocoles et d’hypothèses. Il cherche et parfois, il trouve.
Tout au long du processus, une tension se manifeste entre la contrainte protocolaire inhérente à la démarche scientifique, permettant à tout chercheur de chercher, et le sursaut de créativité  qui donne sens à cette recherche. Mais commençons tranquillement.


1 – La démarche scientifique illustrée

Qu’est-ce qu’un scientifique qui cherche ?

Quand un scientifique cherche, il ne cherche pas nécessairement quelque chose. Car quand on cherche quelque chose, on a de fortes chance de trouver ce quelque chose, or il est très probable que le quelque chose que l’on trouve parce qu’on le cherchait, ne soit pas vraiment ce que l’on cherchait, si vous voyez ce que je veux dire… En gros, quand un scientifique cherche, il étudie. Et quand il trouve, c’est qu’il comprend un peu plus.

Je vous propose d’illustrer tout cela.

Imaginons un bonhomme –notre scientifique- à l’orée d’une épaisse forêt très sombre et noyée dans le plus dense des brouillards.

De bonnes chaussures de marche aux pieds, un sac à dos contenant tout le nécessaire de survie et notre bonhomme est paré pour commencer à se frayer un chemin dans cette forêt que personne n’a encore traversée.

Pour schématiser, disons que notre scientifique, à l’orée de son épaisse forêt de brouillard, cherche une réponse à une question : « Est-ce le brouillard qui rend cette forêt si sombre ou bien la forêt serait-elle aussi sombre sans ce brouillard ?»

Il commence à avancer, avancer et avancer jusqu’à avoir l’impression de tourner en rond puisque partout, il ne semble y avoir que forêt et brouillard enlacés. A aucun moment, où que se pose son regard, il ne peut dissocier le brouillard de la forêt et l'ensemble crée une obscurité encombrante. Il se demande alors s’il a posé la bonne question. A force d’avancer, il réalise que c’est l’obscurité de l’ensemble qui est problématique et il reformule une autre question :

« L’obscurité existe-elle au-delà de cette forêt ? »
Puis il reprend sa marche dans une autre direction. Plusieurs fois, notre bonhomme s’arrêtera, coincé dans une impasse, et reformulera sa question :

« Le brouillard peut-il exister sans qu’il y ait de forêt dans laquelle s’engouffrer ? »,
« Existe-t-il plusieurs forêts ou bien n’existe-t-il qu’une seule et immense forêt ? Une forêt infinie ? »,
Etc.…

Un ensemble de questions prend forme.

En fait, chercher, étudier, c’est cela : c’est reformuler ses questions, c’est modifier l’agencement des termes qui la composent. C’est interroger chacun des termes qui la composent, avant d’en ajouter éventuellement d’autres qu’on aura au préalable questionnés. Et toutes ces questions qui se répondent et se renvoient les unes aux autres permettent à notre scientifique de se frayer un chemin aux nombreuses ramifications et aux bifurcations inévitables, dans sa grande forêt mystérieuse. Un réseau de concepts, d’idées et d’hypothèses se met en place et constitue une sorte d’exploration topologique. D’idées en concepts et en reformulations, la réflexion se nourrit, la forêt se laisse parcourir.

Au bout d’un certain temps, si l’on regarde le réseau de sentiers que notre scientifique a percé dans la forêt, on remarque que certains sentiers sont très accidentés, que d’autres à la limite du praticable s’arrêtent brusquement (c’est que notre homme aura dû faire demi-tour), et d’autres encore sont au contraire confortables, larges et bien dégagés. Certains sont sportifs, il faut grimper, d’autres sont glissants, mais ce n’est pas pour autant qu’ils ne mènent nulle part pour peu que l’on fasse l’effort de les emprunter, ou qu’on ne se laisse pas rebuter par leur abord peu engageant.

Dans ce réseau, on remarque également certains endroits où l’on sait qu’on peut s’assoir un temps, pour se reposer, reprendre des forces. Ces endroits sont comme des points de « stabilité hypothétique », c'est-à-dire qu’à ce point de la réflexion, de l’exploration, les postulats retenus, les concepts évoqués, permettent de formuler une hypothèse qui résiste à la contradiction. On peut s’y fier, du moins pour un temps raisonnable, avant de reprendre sa marche vers l’incertain.

Laissons là la vue d’ensemble du réseau et zoomons à nouveau sur notre scientifique qui continue à se frayer un chemin.

Mettons que notre randonneur se trouve, précisément au moment où nous zoomons sur lui, dans une impasse et obligé de rebrousser chemin. Ce qui l’empêche d’aller plus loin peut être un précipice terrifiant qu’il ne peut franchir faute d’avoir le matériel adéquat, par exemple. Il  rebrousse alors son chemin jusqu’au dernier point de stabilité qu’il a déterminé. A partir de ce dernier, il partira dans une autre direction. Il se peut également que notre randonneur soit forcé de  rebrousser chemin au-delà de son dernier point de stabilité hypothétique si, à partir de ce dernier, il n’a pu ouvrir aucune voie praticable.

La recherche est fastidieuse, minutieuse, rigoureuse, exigeante. (Et passionnante!)

Cependant, que notre scientifique avance ou rebrousse chemin, chacun de ses mouvements constitue une avancée. Ainsi, savoir que ce n’est pas dans telle direction qu’il faut poursuivre est aussi important que de savoir dans quelles autres directions on peut aller.

A force d’avancer et de rebrousser chemin, notre scientifique a fini par délimiter un secteur où il peut évoluer. Ce qui était une impasse lorsqu’il venait de la droite s’est avéré franchissable lorsqu’il passait par la gauche. Si bien que maintenant, notre chercheur s’est familiarisé avec une bonne partie de la forêt. 

Cependant, le secteur dans lequel il évolue est bordé à certains endroits par un précipice affolant, et à d’autres par une falaise inconcevablement haute.

A cette étape de l’exploration, notre randonneur ne pense plus au brouillard, à l’obscurité, ou à l’unicité éventuelle de la forêt. Ses questionnements ont bien changé au fur et à mesure de sa progression.  Ce qui l’obsède désormais c’est de comprendre pourquoi lorsqu’il veut continuer à avancer il tombe parfois sur une falaise, parfois sur un précipice.

« Y a-t-il une continuité entre les deux qui borderait toute la forêt? La falaise que je vois d’en bas est-elle le précipice qu’ailleurs je vois d’en haut ?

 Et comment expliquer que sans avoir l’impression de monter davantage que de descendre ou bien l’inverse, la falaise d’un endroit devienne précipice plus loin ?

Puis-je prévoir sur quoi je tomberais si je prends telle direction ? Tomberais-je nécessairement sur l’un ou l’autre ? A un moment, ne pourrai-je pas trouver un passage …. »

Un bel imbroglio justement vertigineux…

… Qui  n’a pas finit de tourmenter notre chercheur.

Assis à quelques mètres de la falaise, il réfléchit :

« Je peux tenter de suivre la falaise…
… Je peux aussi rester sur mes sentiers et étudier plus spécifiquement leurs dénivelés respectifs, pour savoir si ces derniers peuvent expliquer pourquoi içi je tombe sur une falaise, et ailleurs sur un précipice…
… Si je voulais escalader la falaise, que me faudrait-il ? Et où pourrais-je trouver ce qu’il me faut ?

… Je peux peut-être tenter de retrouver l’orée par laquelle je suis entré… Mais, étais-je vraiment à l’orée de la forêt ? N’étais-je pas déjà dedans ?

… C’est vrai tiens, qu’y avait-il exactement derrière moi avant que je ne m’engage droit devant…

Par tous les Arbres, je ne sais pas comment je suis arrivé à mon point de départ ! Je suis complètement perdu et je ne sais plus ce que je cherche !.... »

Je vous laisse un instant apprécier le désarroi très certain dans lequel notre bonhomme s’enfonce.

Ces grands moments de solitude sont propres à tout chercheur consciencieux. Ils ont beau être intensément déstabilisants, ces moments n’en sont pas moins passagers, et heureusement.

Pendant que notre ami désespère, prenons le temps, nous aussi, observateurs que nous sommes, de réfléchir un peu.

Depuis le début de son exploration, notre chercheur a déjà fait preuve, à de nombreuses reprises, de créativité. Ainsi, alors qu’il se trouvait dans une impasse, il a rebroussé chemin et ouvert une autre piste qui lui a permis de surmonter ce qui l’avait auparavant empêché d’avancer. Et il a fait cela plusieurs fois, si bien qu’il a finalement exploré la presque totalité de la forêt. Il ne pouvait en être autrement, pouvons-nous nous dire, car à force de marcher, il allait forcément avancer. Pour ne plus avancer, il eut fallu qu’il abandonnât son exploration.

Maintenant, cependant, notre homme a l’air sérieusement coincé, comme pris au piège d’un territoire qui lui est familier mais qui est aussi, malheureusement, cerné d’infranchissable.

Comment peut-il poursuivre son exploration alors qu’il ne sait plus ce qu’il cherche, ni comment il est arrivé là ? Qu’il est épuisé et, littéralement, au bord du gouffre ?

C’est ce que nous allons voir, ensemble, si vous voulez bien vous donner la peine de continuer notre balade.

TO BE CONTINUED ...

A suivre : la Simplexité


mercredi 23 avril 2014

Point sur mesure


Qu’y a-t-il de plus innocent qu’une petite seconde qui s’écoule ? (Une petite seconde, pas une grande qui serait tout de suite moins innocente…)

A l’origine, une « seconde » correspond au laps de temps qui sépare deux battements de cœur. Aujourd’hui, une seconde correspond à la périodicité du noyau d’un atome de Césium 133 en transition hyperfine… Il fallait au moins cela pour s’approcher d’un cœur qui bat et les chercheurs sont à l’occasion plein de créativité.

Mais voyons cela d’un peu plus près.

Le court instant qui sépare deux battements de cœur est à l’origine de notre première idée de seconde.(!)
Bien plus tard, grâce à notre connaissance approfondie de la nature à travers la chimie, la physique, la biologie, nous avons consolidé notre seconde en la référant à la périodicité mentionnée plus haut.
Parce que cette périodicité est proche de la « seconde » telle qu’elle existait, nous avons « redéfinit » la seconde par rapport à cette périodicité. Or, cette périodicité ne nous apprend strictement rien de plus sur la seconde qui reste une convention et une durée arbitraire dont la seule pertinence est de correspondre au temps qui sépare deux battements de cœur et d’être suffisamment petite pour pouvoir servir d’étalon élémentaire au découpage de la temporalité.
Vous me suivez, n'est-ce pas...


Aussi savons-nous qu’un cœur ne bat jamais parfaitement régulièrement. De manière naturelle, tous les cœurs battent au rythme d’une légère arythmie. Même plus, un cœur aux palpitations trop régulières n’est pas signe de bonne santé.

Le fait d’avoir cherché à définir la seconde en fonction d’un phénomène, au contraire, très régulier, précis, prévisible, fiable et par conséquent rassurant, - la périodicité nucléique de notre Césium - est révélateur d’une certaine manière d’appréhender la réalité.

L’Homme cherche généralement à réguler, dans le sens « rythmer d’un rythme régulier », les phénomènes qui l’entourent, comme notre temps, par exemple. On divise le temps en secondes, puis l’addition de secondes forme une minute, puis l’addition de minutes, etc, jusqu’à concevoir un échafaudage qui rejoigne une autre de nos observations primitives mais tout aussi déterminante : la durée d’un jour. Un jour se divise en heures, puis en minutes, etc… Du jour à la seconde et de la seconde au jour, les éléments constitutifs de la temporalité s’agencent dans une cadence parfaite.

Parfaite, mais conventionnelle et arbitraire car la durée d’un jour n’a, en fait, rien à voir avec la durée d’une seconde, à moins que l’on décrète le contraire.

Le découpage de la temporalité en petits éléments permet de mesurer le « temps qui passe » ou le « temps qui reste », mais plus que notre envie de mesurer, c’est notre besoin de réguler qui se trouve assouvi.

Or, ce que nous cherchons tant à réguler, à travers la mesure, est-il seulement régulier ?

Le temps, la température, la distance, la hauteur, nous mesurons jusqu’à l’inquantifiable aujourd’hui (le bonheur, l’intelligence, la culture, la beauté…).

Par exemple, ce que nous expérimentons du temps, subjectivement, ne nous le présente pas comme « régulier ». Il est parfois court, parfois long, parfois manquant, parfois pesant, etc… Par contre, savoir qu’objectivement il est régulier (parce qu’il a été régularisé au moyen de la mesure), nous rassure. Cela peut nous inquiéter, mais fondamentalement, sa régularité nous rassure. Car apposer une mesure sur les choses qui nous échappent, c’est un peu comme se les approprier, en les soumettant, grâce à leur mesurabilité, à notre préhension rationnelle.

Cependant, régulariser, réguler, mesurer des choses ne nous apprend rien sur ce que sont ces choses.
Qu’est-ce qu’une minute nous apprend sur ce qu’est le temps ? Qu’est-ce que la différence entre un degré Celsius et un degré Farhenheit nous apprend sur ce qu’est la température ?

La discrétisation des choses qui nous entourent est une manière de mesurer la réalité, tant en la réglant qu’en la régulant. Cet exercice rationnel est indispensable, il a un pouvoir heuristique immense, c’est-à-dire que grâce à la mesurabilité des choses, nous comprenons et adaptons nos interactions au sein de la réalité. Cependant, cet exercice rationnel, tout fort qu’il soit, doit être questionné. Il ne donne à percevoir qu’une partie de ce qu’il mesure.

Et si, pour en savoir un peu plus sur ces choses qui nous entourent, pour les approcher d’un peu plus près, il fallait oublier l’illusion de leur régularité conventionnelle (au moyen de la mesure mathématique) et s’il fallait les appréhender dans leur ensemble chaotique, bouillonnant, décadencé… ? Et si la discrétisation des choses nous masquait une grande partie de la nature de la réalité ?

En fait, le point que je souhaite souligner est le suivant :

L’exercice de discrétisation, de découpage de la réalité, implique une « régularité », qui fait qu’une unité de découpage peut être substituée à une autre ( un degré reste égal à un degré, quelque soit l’emplacement du second degré par rapport au premier ; idem pour une seconde, ou une minute, etc). On peut mentalement remplacer n’importe quel degré d’un thermomètre gradué par un autre degré, comme on peut le faire d’un millimètre ou d’un centimètre sur une règle graduée, en se conformant à une logique de symétrie. En mathématique, l"écart qui existe entre les chiffres 1 et 2 est de la même valeur que l'écart qui existe entre 4 et 5 par exemple.
Ainsi, on associe la "régularité" à une forme de "symétrie", de répétition, de périodicité, de cyclicité, de fréquence.

Par contre, lorsque l’on essaie de penser la « continuité » – en réaction à la discrétisation- on s’aperçoit que l’idée de continuité est beaucoup moins liée à celle de régularité. Et si la régularité implique une idée de symétrie, cela n'implique pas que l'irrégularité soit synonyme d’asymétrie, malgré ce que l’on serait tenté de croire à première vue.
La continuité peut être irrégulière, ou plus encore, arégulière, sans être dépourvue de symétrie...

Ainsi, par exemple,  si un instant peut être plus long qu’un autre instant, tout comme deux instants peuvent être égaux, cela n’influe en rien sur la nature du flux temporel qui reste, bizzarement, continu.

La continuité est une notion encore très mystérieuse et nous avons beaucoup de mal à la saisir, même intuitivement, dans son ontologie…

Allez, j’arrête de vous embêter avec ces drôles de considérations pas simples du tout. Promis, demain j’arrête !


On s'empressera de lire sur le même sujet ( mesure, matière) cet article ô combien sexy:
Chaud devant, les états de la matière

mardi 11 mars 2014

De la réduction à l'escalope

Voici une petite anecdote au suspens insoutenable et à la cocasserie manifeste que je rédigeai au mois de Juin dernier et que je viens de retrouver...

 Par un dimanche soir empli de la douceur du mois de juin, mon ami et moi décidons de faire une halte à Troyes pour y dîner, avant de poursuivre notre route vers les confins de l’est. Il ne sert à rien d’aller à Troyes si ce n’est pour s’arrêter dans le centre ville, petite perle moyenâgeuse. Nous trouvons donc, à l'angle de deux rues pavées, une petite terrasse donnant, de part et d’autre, sur des maisons à colombages.

Après que nos deux paires d’yeux se soient baladées sur l’ensemble du menu :

Lui : « Bon alors, tu as choisi ? Tu sais ce que tu veux ?

La demoiselle : - Non, j’hésite…, les yeux rivés sur un coin de carte. J’hésite entre la pièce du boucher et sa petite poêlée de champignons, et l’escalope de saumon sauce au miel…

- Bon eh bien décide-toi! Qu’est-ce que tu choisis, la serveuse arrive.

- Ah ben j’en sais rien ! Je verrai bien ce que je lui aurais dit quand elle m'aura posée la question ! Pourquoi devrais-je me décider maintenant…

- Faut bien que tu saches ce que tu veux manger…

Malgré tout le bon sens de cette réflexion, je ne semblais pas m’inquiéter de mon indétermination.

- En même temps, le fait que ce soit une escalope ne joue pas en faveur du saumon. Les escalopes et moi on n’est pas trop copines. Je préfère quand c’est plus épais, c’est moins cuit et c’est plus tendre. Et puis «escalope» ça sonne mal, j’aime pas ce mot, tu ne trouves pas que c'est moche une escalope?

- Alors tu prends la pièce du boucher…

- J’en sais rien, je vais quand même lui poser la question… (Quelle question ?)

- Messieurs, dame, vous avez choisi ?

- Oui, oui... Juste une petite précision, s’il vous plaît… Le saumon, c’est une escalope, c’est ça ? (J’imagine que je voulais être certaine que chez eux, une escalope n’est pas un pavé, ou qu’il ne s’agissait pas d’une grosse faute de frappe.)

-Oui, c’est une escalope, comme une escalope, c’est tranché fin.

-Ah, parfait, je prends ça, ajoutai-je d’un ton rassuré et pleinement satisfait.

Face à moi, l’homme se prend le visage entre les mains, lève les yeux au ciel et secoue la tête d’un air réprobateur.

- Je croyais que tu n’aimais pas les escalopes.

- Oui, moi aussi ! Comme quoi, tu vois !

Après deux gorgées de vin qu’il avale pour se raccrocher à une réalité qu’il sent lui échapper, j’ajoute tout doucement, comme si je lui révélais un secret très précieux :

- C’est ce qu’on appelle la réduction du paquet d’ondes !

- La quoi ?

- La réponse est déterminée par l’existence de la question. Tant que la question n’est pas posée, toutes les possibilités coexistent dans un état de superposition. Tant que je n’ai pas à choisir un plat et un seul pour qu’il me soit effectivement servi, tous les plats qui me plaisent sont susceptibles d’être choisis.

- C’est pourtant pas compliqué de faire un choix…

- Je ne sais pas si c’est compliqué de choisir, mais parfois, je n’ai tout simplement pas envie de choisir. Je préfère avoir la surprise. Et là c’est une bonne surprise parce que je ne pensais pas choisir le saumon et je suis sûre que mon plat sera excellent…

Puis nous reprîmes une discussion plus classique, si bien que la serveuse et toute la ville de Troyes ne subirent aucun dommage. Par contre, il n’est pas certain que l’homme s’en soit sorti indemne, sans parler de l'escalope.

mercredi 26 février 2014

La pédale du prisonnier

Ma boss est en vacance cette semaine et, sans vergogne aucune, j'ai décidé de prendre un peu de temps pour papoter de choses et d'autres.

Ce matin j'ai entendu à la radio une petite brève au sujet d'une initiative mise en place dans une prison au Brésil. Des prisonniers pédalent sur des vélos "équipés" et ils "produisent de l'électricité" stockée dans des batteries.


(Le lien ne fonctionne pas comme je voudrais qu'il fonctionne car sur mon lieu de travail, les accès sont restreints. Je dois user de milles subterfuges (au moins) pour accèder à mon blog et de deux milles subterfuges (environ) pour publier sur mon blog...) Enfin bref.

Ce pédalage à la brésilienne m'a de suite fait penser à une chose que j'avais imaginée pour une de mes nouvelles, à l'époque où j'imaginais beaucoup.

Dans un futur très lointain – en fait, dans un futur « étranger », c’est-à-dire sans que dans notre présent réside quoi que ce soit qui l’annonce ou l'autorise – les hommes avaient un rapport très particulier à l’énergie (ça fait bizarre de parler au passé dans le futur, non ?...).

Avant d’aller plus loin, tachons de comprendre en quoi consiste le système mis en place dans la prison brésilienne. Le système est apparu il y a quelques années dans des salles de sport américaines. On décidait d’utiliser les efforts des adhérants pour alimenter les installations en électricité. C’est cela qui a inspiré le directeur de la prison de Santa Rita do Sapucaí. Le vélo utilisé transforme le pédalage en courant électrique grâce à des capteurs et un générateur installé au pied de la machine qui convertit l’énergie cinétique en électricité. On peut ainsi produire de l’électricité qui peut être stockée dans des batteries pour servir ultérieurement. Dans le cas de Sapucai, cette électricité sert à faire fonctionner quelques lampadaires de la ville. Or il faut savoir que stocker de l'énergie est très compliqué et que les batteries contribuent à la pollution de l'air ambiant... Cela dit, je trouve le principe "social" excellent.

Dans mon futur imprésentisé, ou « extra-présentisé », n’importe quel effort physique qui était effectué volontairement par quelqu’un dans le but précis de convertir une forme d'énergie libre en énergie utilisable, produisait, donc, de l'énergie sous des formes particulières (et pas seulement sous forme de chaleur émanant du corps). Il n’était pas nécessaire que l’effort physique soit lié à un « appareil » (comme un vélo), il importait davantage que l’effort s’inscrive en harmonie dans son environnement et que l’effort soit conscient et volontaire.

De même, l’énergie convertie pouvait être conservée sans recours à aucun support matériel (comme une batterie). Dans ce futur, de toute façon, toute la technologie était dématérialisée. Ce qui ne veut pas dire qu’elle était virtuelle, numérique ou quoi que ce soit (comme notre présent le laisserait suggérer). Non, c’était une technologie qui reposait – on va dire – sur l’exploitation de phénomènes que seuls des capacités de perception « autres » permettaient de percevoir…. Des humains « autres », une civilisation « autre ». Vous imaginez ? Un réseau de communication entre toutes formes d'"êtres" de nature végétale, minérale, gazeuse, animale, un réseau que l'on pourrait appréhender non pas via nos sens physiques, mais par "le cœur", ou l'intuition, l'écoute.

Ces gens auraient élaboré une technologie naturelle qui aurait été, à nos yeux à nous, totalement invisible, et donc inexistante et pourtant omniprésente.

Imaginons que le réseau d’interactions ait été accessible à l’humain, moyennant, je ne sais pas, une alimentation particulière, une disposition de pensée, et que toute une formidable technologie soit issue d’une forme de coopération « inter-species », « super-taxonomique »… les hommes pouvant être à leur place sans rien casser du tout… Bon, un petit peu de casse quand même sinon ils ne sont plus tout à fait humain… Une symbiose entre l'homme et son milieu.

En tout cas ils consacraient, en grande majorité, quelques heures du jour à "convertir de l'énergie" nécessaire au maintient des choses, histoire de « contribuer » à l’ordre des choses et non pas au désordre, comme le font les prisonniers qui pédalent au Brésil.

mardi 25 février 2014

Red Brain

J’ai fait un drôle de rêve cette nuit. Enfin je le trouve drôle juste parce que je me souviens de détails très clairs.

Dans un futur proche, moi et je ne sais qui étions en train de visiter une grande bâtisse moderne dans le genre de celles construites depuis les années 60 en matériaux peu nobles, pas de la pierre ou du bois.

Cette bâtisse était un « centre de recherche » important. Il s’y passait plein de choses et on l’avait ouvert au public récemment pour la simple raison qu’il ne s’y passait plus rien. On allait en faire autre chose et en attendant de savoir précisément quoi, on laissait le public visiter les couloirs, les escaliers, les pièces vides, l’œil à la recherche de quelques vestiges des installations qu’on avait déménagées.

Mon ami et moi suivons le cortège de badauds, l’air nonchalant, sans être vraiment là. On papote de choses futiles. Au fil de la visite on se sépare. Une petite pièce sombre à l’éclairage bleuté attire mon attention. Sur une table en verre dont l’unique pied central est soudé au sol il y a une feuille froissée qui n’intéresse absolument personne.

Avant de la prendre et de la défroisser, je regarde si telle qu’elle est, je peux distinguer une partie de ce qu’il y a dessus. En effet, je distingue un morceau de dessin, une bribe de schéma qui fait penser à la représentation d’un cerveau humain. Je prends la feuille et je la défroisse. Il y a 6 cerveaux humains représentés, avec des zones colorées différentes sur chacun (verte, bleue, jaune, orange et rouge). Un schéma retient mon attention parce qu’il ne ressemble pas à ce qu’on s’attend à voir quand on visualise des zones d’activité cérébrale sollicitées par on ne sait quel stimuli. Sur ce schéma, l’intégralité du cerveau est rouge et les variations de rouge sont minimes. Pas de vert, pas de bleu, ni d’orange. Ce cerveau graphique est simplement magnifique et très intriguant.

Il y aurait quelque chose qui permettrait de stimuler « à ce point » l’activité cérébrale ?

Quelque chose est griffonné à la main sur le papier froissé, entre les schémas. En fait, cette feuille est étrange. Les graphiques de cerveaux ne sont pas disposés de manière régulière, on dirait que quelqu’un a fait une capture d’écran de différents graphiques et les aurait copier/coller maladroitement sur une page Word. Il aurait imprimé la page avant d’y ajouter un commentaire au crayon.

Que dit ce commentaire… Il s’agit de plusieurs mots listés les uns en dessous des autres. (Je me souvenais de tous au réveil, mais j’en ai perdu en route. Je me souviens des derniers qui sont les plus importants). A les lire, on voit qu’il y a un ordre. Il doit s’agir des stimuli les plus capables de réveiller la matière grise et le dernier est « Nature »…

A mon réveil, je repense à ce rêve et je me dis que ce « N » majuscule laisse planer un doute sur ce à quoi l’auteur du document fait référence.

Dans un centre de recherche, on ne parle pas de « nature » comme cela, aussi vaguement. Il doit s’agir de quelque chose de plus précis, comme un projet. Un projet portant sur les interactions entre la « nature » (la forêt, la couleur verte, l’odeur du bois, que sais-je) et le cerveau… Un projet qui portait peut-être sur des interactions d’ordre paranormal, ou « extra-normal », car on ne sait pas grand-chose de cette mystérieuse « nature ». Il suffit que l’auteur du document ait mystérieusement disparu avec le résultat de ses recherches et hop, on tient là une chouette idée de départ pour une petite nouvelle SF.