Nous sommes devenus des paresseux. Mais comment ne pas le
devenir quand nous vivons dans un monde qui nous pousse à l’être. Alors même qu'à
l’école on nous enseigne maladroitement à nous ouvrir sur tant de connaissances
afin de développer notre esprit critique, une fois devenus adultes nous n’avons
guère le choix : il nous faut rentrer dans les cases que notre société a
construites pour assurer sa pérennité. Devenir adulte c’est se résigner à
trouver sa place dans la grande chorégraphie, bien la suivre pour recueillir
les applaudissements de ses pairs. Ainsi, nous ne prêtons plus attention à la
musique, nous ne questionnons pas l’ordre des pas de danse ; nous exécutons
ce que l’on attend de nous.
Cela fait-il de nous des paresseux pour autant ? Parce
qu’ils s’agitent drôlement ces quelques milliards d’êtres humains… Eh bien oui, nous sommes paresseux, dans une
certaine mesure.
Dans la mesure où nous ne nous posons plus de questions. Dans
la mesure où nous ne cherchons plus les réponses par nous-mêmes. Toujours empêtrés
dans nos contradictions, nous voulons comprendre mais nous n’avons pas le
temps. Nous voulons savoir mais nous avons peur de savoir. Nous voulons nous
différencier des autres, superficiellement, en étant plus semblables que nos
pairs – en exécutant mieux la chorégraphie.
Nous sommes tous semblables et tous différents : tous
semblables dans notre condition, tous différents dans ce que nous faisons de ce
que nous sommes.
Nous contournons ces contradictions en cherchant des repères
et des références autour de nous, dans le passé, dans ce que le temps a
valorisé. Peut-être devrions-nous chercher en nous-mêmes ?
Les hommes ont une propension incroyable à se jeter à bras
ouverts dans la pensée de ceux qui font le travail pour nous. Ainsi Socrate, Jésus,
Siddhârta, Aristote, Moïse, Confucius et tant d’autres sont-ils divinisés, « starisés ».
Nous avons érigé les fruits de leur réflexion en Vérité, indétrônable,
intransigeante, unique, intolérante et intolérable. N’est-il pas inquiétant de
voir à quel point nous nous disputons leur parole, comme un petit bout de
couverture, trop petit pour tous nous réchauffer, alors que nous pourrions
fabriquer d’autres couvertures ? Produire
de la pensée nouvelle.
2000 ans après le Christ, nous avons inventé la physique
quantique mais nous sommes encore trop frileux pour remettre en cause la
divinité archaïque des fondements de notre pensée judéo-chrétienne.
Ces hommes, ces penseurs, nos semblables, ont ouvert leur
esprit, partagé, communiqué ce qu’ils avaient en eux après s’être longuement
interrogés sur notre condition. Jamais ils n’ont cherché à ce que leur personne
prenne le pas sur leurs idées. Leur ambition n’est autre que la soumission de
leurs idées à leurs semblables pour alimenter la pensée humaine. Leur génie ne
fait pas de ces hommes des surhommes, encore moins des dieux. Comme cela arrive
tous les jours, partout dans le monde et dans tous les domaines, ce sont des
hommes qui font très bien ce qu’ils savent faire, des pionniers dans le domaine
de l’éveil des consciences.
Nous sommes alors fascinés par leur compétence que les
siècles ont amenée jusqu’à nous, confirmant ainsi la profonde valeur heuristique
de leur réflexion. Nous ne leur disons pas simplement merci pour l’exemple qu’ils
sont, pour l’hommage qu’ils rendent à leur humanité, mais nous les
désenchantons en nous mettant à leur genoux, eux qui ne cherchaient qu’à nous
élever, nous pervertissons leur pensée en ne cherchant pas à la comprendre, en
en faisant un enjeu politique de pouvoir. Tout ce qu’ils nous exhortent à
faire, c’est réfléchir, s’ouvrir et être à la hauteur de ce que nous sommes.
Nous ne pouvons pas tous être Philosophes et refaire le
monde chaque jour. Mais nous pouvons tous faire l’effort de remettre en
question des idées, de réfléchir aux raisons qui nous animent, et nous sommes
très nombreux à faire déjà ces efforts. C’est ainsi que l’on apprend à se
connaître, que l’on découvre ce que l’on veut sincèrement et honnêtement faire
de son existence, sans nuire à ses semblables, sans nuire à notre
environnement.
Qu'est-ce que la philosophie : l’art de poser les
bonnes questions. Certes, mais encore ?
L’effort de se poser les questions les plus simples qui sont
aussi fondamentales et commencent souvent par Pourquoi… La science répond à certaines de ces
questions, mais pour le reste que l’on appelle métaphysique, qu’avons-nous ?
La foi apparemment, la philosophie sûrement. La philosophie qui nous apprend à gérer l'absence de réponses.
Se poser des questions, c’est une chose. Trouver des débuts de
réflexion en est une autre. L’important dans ce travail, est de chercher à
transcender les idiosyncrasies qui gouvernent notre pensée. Pour cela il faut s’intéresser
à notre culture, notre système de valeurs, ses origines, son histoire, lire les
romans de nos contemporains, de nos ancêtres, pour s’en détacher.
Aborder ces questions avec désintérêt individualiste, avec
ouverture et enthousiasme, apporte des débuts de réponses. Partout sur notre petite
planète, ces réflexions prendront nécessairement des expressions différentes
mais seront semblables dans le fond. On peut découvrir dans les idées profondes qui
animaient les plus grands philosophes, une fois gratté le vernis culturel des
époques qui les ont vu naître, l’universalité du bon sens.
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